Une première incursion en territoire Thaïlandais: de la frontière Cambodgienne à la frontière Laotienne, 650km en 5 jours...

     Nous vous avions donc laissés aux portes du Royaume de Siam. 5h, le réveil sonne. « Les gars, c’est l’heure de se tailler en Thaïlande ! » Comme toujours, la journée commence dans la bonne humeur ! Non, en vrai, aucune personne normalement constituée ne peut faire de tels jeux de mots pourris à 5h du mat… Nous enfilons nos shorts et nos baskets et mettons le cap sur la frontière. Mais passer du  Cambodge à la Thaïlande, ça se mérite… La frontière est nichée en haut d’une colline. Et même nos cuisses affutées par des mois de vadrouille dans les Andes ont du mal à nous mener au sommet. Oh, rien de très long… Mais quelle pente ! Nous sommes presque obligés de zigzaguer pour ne pas s’arrêter et dévaler la pente en arrière (cascade que l’on ne maîtrise toujours pas). Arrivés au sommet, Alex retire son t-shirt et l’essor pour en extraire le demi-litre de sueur accumulé. Le tout devant le douanier, quel toupet ! Précisons qu’il n’est alors que 7h du matin et que le mercure affiche déjà les 30 degrés ; « Au moins ! » rajoutera Alex qui a toujours chaud.

Alex, en eaux, à 7h du mat

    Notre tampon Thai en poche, nous remontons sur nos bicyclettes. Ici, on roule à gauche et nous ne le savions pas. Pour un peu, l’un d’entre nous aurait presque engueulé le premier automobiliste qui passait par là ! Mais bon,  nous sommes des gens civilisés et réfléchis : nous nous rabattons donc sur le côté gauche de la chaussée. Et quelle chaussée ! L’asphalte y est bien  noir, bien lisse, les bandes bien dessinées… Nous apprécions donc déjà un certain nombre de différence avec le Cambodge. Nous profitons de cette belle route qui nous ferait presque nous sentir de retour en Europe. Après 40km roulés nous nous arrêtons pour acheter une belle pastèque. Toute en finesse, nous sortons nos gros dollars qui étaient monnaie courante dans le pays voisin. Loupé, ici c’est le Bath (monnaie thaïlandaise) et seulement le Bath ! « Alors les touristes, vous êtes bien mignons mais vous allez voir ailleurs si la pastèque y est ! » croyons nous comprendre avec nos rudiments rudimentaires de Thai. Résultat des courses (enfin des « non courses » plutôt), nous devons parcourir 30km de plus pour atteindre une ville de taille décente où nous pourrons tirer de l’argent. C’est chose faite. Ensuite, nous atterrissons dans un petit resto de rue où, pour trois fois rien, nous nous rafraichissons d’eau glacé et de Coca-Cola et dévorons un gros plat de riz et de poulet rôti.

Nous faisons connaissance avec le roi du royaume de Thailande

    Suite à quoi, direction un petit square pour la sieste quotidienne. Mais Alex ne trouve pas le sommeil : son esprit reste troublé parce qu’il a vu quelques instants plus tôt, un supermarché ! « Allez les gars, moi je pars visiter… ! » 30 minutes plus tard, il revient de la caverne d’Ali baba avec 4 paquets de gâteaux et un gros gobelet de café glacé. Après un bref reporting fait à Côme et Vincent sur les prix et produits du magasin, la  décision est unanime : 7eleven, nom de cette fameuse chaine thaïlandaise, sera notre QG ! Nous poursuivons ensuite notre découverte de la Thaïlande. Nous trouvons ce pays très développé. Il est un peu à l’Asie du Sud-Est-ce que l’Afrique du Sud est à l’Afrique : ici des gros pick-up, là des superettes ouvertes 24h/24 où l’on trouve des grosses tireuses de Soda, là un KFC, ici une quatre voies … Ce n’est pas désagréable mais c’est tout de même moins pittoresque que le Cambodge. Il ne faudra donc pas hésiter à prendre les petites routes pour retrouver ces rizières que nous avons maintenant adoptées.

La Thailande, Happy Land d'Asie du sud est

      Le soir,  nous faisons étape à Si Sa Ket. Notre recherche d’hôtel nous amène à traverser un petit marché, très fréquenté en ce dimanche soir. Nous klaxonnons, zigzaguons pour nous frayer un chemin quand tout à coup, le temps s’arrête ! La foule s’immobilise net au son d’une musique, diffusée dans toute la ville. « Euh, qu’est-ce qu’ils font là ? C’est un Flash mob ?» Non non, c’est juste l’hymne national thaïlandais qui retentit, comme tous les jours, à la même heure. Du coup, on s’arrête aussi pour éviter de mettre les pieds dans le plat. En parlant de plat, le soir, au diner, Côme se met à pleurer… Oh ne vous inquiétez pas, rien de grave. Il a juste choisi la soupe la plus épicée de la carte : « Bah alors Côme, t’as le piment qui te monte au nez… ? » ricanent Vincent et Alex qui sont bien contents que Mister Spicy fasse un peu le moins le malin pour une fois. A 21h, nous nous endormons en repensant à cette journée pleine de découvertes.



     Lundi matin, 5h : le réveil sonne. Comme tous les matins, Vincent chante sur la musique du réveil matin. En Amérique du Sud c’était Grease, maintenant c’est Lemon Tree de Fools Garden. Dans tous les cas, l’interprétation matinale de Vincent n’est pas jojo ! Heureusement, il s’arrête assez vite de pousser la chansonnette lorsqu’il se souvient pourquoi il est là. « Ah putin, je veux pas faire de vélo ! ». Pendant ce temps-là, Côme répète infiniment la même phrase : « Allez debout les gars ! ». Sauf que lui, il reste couché… Et Alex ? Alors lui c’est encore un autre style. Déjà il faut le localiser. Il termine bien souvent sa nuit hors de la chambre, dans le couloir de l’hôtel, comme un clochard sur son tapis de sol. Motifs : trop chaud dans la chambre, attaque de moustiques, attaque de puces de lit… Du coup, c’est cool parce qu’il a toujours plein de trucs « captivants » à raconter sur sa nuit. « Tu sais Alex, sinon la nuit tu peux aussi faire comme nous… dormir ! »

En Thailande, les routes ont même des bornes kilométiques
     Bref, on se lève tant bien que mal et on décolle pour le petit-déjeuner. Devinez où ? Chez 7eleven. Quand je vous disais que c’était devenu notre QG ! Des petits biscuits, des yaourts et des bun (sortes de beignets farcis à la viande, spécialité d’Asie du Sud Est), de quoi faire le plein d’énergie pour la matinée. Et on en a bien besoin d’énergie car nos journées sont très riches en km. Nous ne disposons que de peu de temps en Asie et il y a plein de choses à voir ! Du coup, nous faisons entre 110 et 120km par jour. 70 le matin et 40 ou 50 l’aprem. En ce lundi midi, nous faisons notre pause à l’ombre d’une petite cabane resto, tenu par une très bonne cuisinière. Elle est très gentille, très souriante même si elle essaye de nous faire payer le double de l’addition. Ça fait partie du jeu ! Pendant cette pause, Vincent et Côme regardent Indiana Jones pendant qu’Alex essaye de rattraper sa nuit.  Vincent, qui se prend pour le héros de l’arche perdue tente de communiquer son enthousiasme à Alex en imitant le bruit et la gestuelle du lancer de lasso. «  Tatalata tatata, Tatalata tatatatata  ». Résultat mitigé sur Alex qui est un peu ronchonchon au réveil de la sieste.
Le soir, nous arrivons à Suwannaphum. Et le petit hôtel où nous atterrissons est d’ailleurs plus mignon que le nom de la ville. Des petits bungalows, des petits chats et des petits prix…Un peu excentré et très calme, c’est l’endroit parfait pour que Vincent nettoie son vélo, que Côme Facebooke en paix et qu’Alex passe un entretien. Un entretien ? Bin ouai, il prend son avenir en main le petit. En fait, il cherche un apprentissage pour l’année prochaine. Du coup, c’est en short/tongues et barbe de 30 jours qu’il se branche sur Skype. « Allez Alex, je te trouve très beau pour cet entretien. Moi je t’embauche direct » l’encourage Vincent. Affaire à suivre donc…

Alex et Vincent étudient méthodiquement la carte Michelin
A 5h, le lendemain matin, Alex fabule encore sur sa nuit.
« Eh les gars, vous avez entendu hier les prostituées qui sont venues racoler à notre porte ? Il y en avait une trop flippante, c’était un mec je crois ! »
« Oui c’est ça Alex… Après les puces de lit, les pu*es. Mais encore… »
Les matins s’enchainent et se ressemblent. Nous filons au supermarché ingurgiter notre petit dej et nous revoilà sur la route. Comme souvent le matin en Asie, Côme caracole en tête, il faut dire qu’il est en pleine forme en ce moment. Toujours devant et ne rechignant jamais à faire plus de km. « Venez les gars on fait les 230km qui nous séparent de Ventiane en une journée et le jour d’après on dort toute la journée » aurait-il proposé un matin. Vincent et Alex n’ont pas jugé bon de relever. Alors d’où lui vient cette forme olympique : du régime alimentaire 7eleven ou de sa sacoche en mois qui allège son vélo, sacoche oubliée au Vietnam par notre Jean de la lune national ?

Quand on vous disait qu'il était en forme le bougre...!

     Aujourd’hui il fait gris ce qui adoucie la température pour notre plus grand plaisir. Nous profitons de la beauté du paysage. La campagne thaïlandaise, ses rizières et ses petits foyers de feux propres à la culture sur brulis et qui dégagent une épaisse fumée au loin. Les odeurs et les paysages nous replongent par certains aspects sur les routes africaines. La faune elle aussi nous séduit : des petits serpents qui traversent la route, des chiens qui aboient sur notre passage et de belles têtes de bétails, béThai (désolé) tels que des buffles aux grandes oreilles qui donnent à ceux-ci un air idiot et très attendrissant. Et nous aimons aussi beaucoup le contact que nous avons avec les Thaïlandais. Il n’est pas rare de se faire arrêter par des automobilistes qui veulent prendre des photos avec nous.


Allez les gars, on sort notre plus beau sourire !

Vous remarquerez que les gars font plus d'efforts quand il s'agit de nanas...
   
      La Grande Echappée est donc heureuse mais La Grande Echappée a également tendance à s’ennuyer car le paysage ne change pas beaucoup. Heureusement que nos MP3 sont là ! Nous terminons cette nouvelle étape de 110km et quelques dans la ville de Yang Talat.




Nous non plus, on ne sait pas trop pourquoi Côme s'est foutu un drapeau français dans la bouche pour la photo...

     Un petit hôtel à l’entrée de la ville attire notre attention. L’endroit est charmant mais les prix un peu moins. Nous demandons donc à pouvoir dormir dehors. La patronne ricane mais elle est d’accord. Avec la tombée de la nuit, nous comprenons ce qui amusait la propriétaire : le domaine est bordé d’un étang et une horde de moustique mutants et belliqueux, piquant à travers les vêtements, fait son apparition. Nous ne pouvons pas dormir dehors, il faut trouver une solution. Hors de question de dormir sous la tente avec cette température ! On adresse nos inquiétudes à la patronne concernant les moustiques et celle-ci nous ouvre sur le champ une chambre grand luxe, climatisée : « Free for you, freeeeee ! » C’est le Jackpot pour la Grande Échappée qui va passer une des plus belles nuits du voyage. Au réveil, Vincent avait même chopé la crève. C’est pour vous donner une idée de la puissance de la clim ! Alex a lui dormi d'une seule traite et n'a rien à raconter au réveil. Vous vous rendez-compte !

T'as une tâche...!
Pas le temps de s'arrêter pour la photo...


Cool en toutes circonstances !
     Le mercredi passe à toute vitesse. Encore une journée qui défile à près de 25km/h. Plus on se rapproche du but, à savoir, de la frontière Laotienne, plus on accélère. La fatigue se fait ressentir. C’est difficile mais sur le vélo, on n’y pense pas trop car il y a toujours quelque chose à penser où à regarder. Aujourd’hui par exemple, nous traversons une région connue pour ses excavations de la période du Jurassique.
« T’as vu Vincent, les gros buissons taillés en forme de dinosaure ? »
« Euh non où ça… ? »
« Là-bas, faut ouvrir les yeux aussi ! »
« Bin je pourrais les ouvrir si on se levait pas à 5h du mat tous les jours ! »
Se lever tôt le matin permet aussi de côtoyer les petits bonzes qui eux aussi commencent leur journée à 5h. Nous les voyons déambuler dans les rues, en files indiennes (du plus grand au plus petit). Ils sillonnent les rues, se positionnent stratégiquement à l’entrée des 7eleven (les supermarchés pour ceux qui prennent l'article en cours) où ils échangent prières et bénédictions contre de la nourriture quelques baths. Ces moines bouddhiques en herbe sont bien sûr vêtus du célèbre Kesa, drap de couleur ocre facile à repérer mais apparemment bien difficile à se mettre sur le dos. On se plaint avec nos nœuds de cravates mais eux, il leur faut un mois pour apprendre à s’habiller tout seul ! Ces petits bonzes sont soit orphelins, soit issus de milieux défavorisés. Les moines s’occupent d’eux puis les bonzinets peuvent choisir de devenir eux-mêmes moines ou de rentrer au village répandre la parole de Bouddha.

Si on avait eu le temps, on aurait viré les fils électriques avec photoshop, veuillez svp faire abstraction...

     Après cette belle journée bien remplie en coups de pédales et routes de campagnes, n
ous arrivons, 120km plus loin, dans la charmante bourgade de Kumphawapi. Kumphawapi, ses singes qui se baladent sur les fils électriques, ses hôtels qui affichent des tarifs à l’heure et surtout son Tesco version Lotus, un supermarché géant qui dispose même d’un Food Court où nous avons passé la soirée. Soupes, riz, burgers KFC, cake à la banane : on avait faim et c’était bien !

Ce macaque ne blaguait pas du tout, le photographe a pris des risques...

Bah tu vois Alex, t'es pas le seul à prendre des coups de soleil...

     Jeudi 8 mai, ce n’est pas férié pour la Grande Echappée ! Pendant que vous vous la coulez douce en France, il y en a qui bossent bon sang ! Pour nous c’est direction Laos… Au programme, 120km de casi autoroute jusqu’à Ventiane, la capitale du Laos.
5h : le réveil sonne.
6h les coqs chantent et se foutent bien de la tronche des trois guignols qui se sont levés 1 heure avant eux.
7h : On a déjà fait 15km
9h : On fait la pause gâteaux et sodas. Certains (surtout Alex en fait) remettent de la crème solaire.

Tu vois Maman, tu peux être fière de toi, ton fils t'écoute !

11h : Au moins 80km au compteur, on cherche un endroit où manger.
15h30 : Après une longue pause faite de siestes, de mots fléchés et de déjeuners (on déjeune souvent 2 ou 3 fois pour être sûr…) on reprend la route pour les dernier km de la journée.
17h : passage de la frontière Laotienne démarquée par le pont qu’ils ont appelé « pont de l’amitié Thailando-Laotien  (pas sûr que ça se dise) »
18h : Ventiane nous voilà !

Le classique: mots fléchés pendant le déjeuner. 
     Le soir, c’est fatigué et heureux que nous allons manger dans le centre-ville et que nous dégustons notre première BeerLao. Excellente ! Nous sommes tellement crevés que ces 640 pauvres millilitres de ce doux breuvage suffisent à nous rendre pompette : Vincent dialogue avec le chat du resto, Côme veut décoller toutes les étiquettes de bouteille de bière pour les coller sur son vélo et Alex verse l’intégralité du pot de sauce pimentée sur son plat. Un carnage…Bon les gars, tout le monde au lit ! Et demain matin grasse matinée pour tout le monde !




Saigon-frontière thai : à la conquête d'Angkor Wat et autres merveilles

Les vélos étaient si bien chez nos hôtes Isabelle et Didier à Ho Chi Minh. Adossés délicatement contre le mur d’un garage surveillé par un vietnamien qui parlait même français. Ils menaient une vie princière. Puis ce 23 Avril, sans explication, ils nous ont rappelé.
-          Nous nous sentions seuls ! Disaient-ils.
-          Oui bah nous on était bien content de ne pas vous avoir dans les pattes ces derniers jours ! Leur répondirent Vincent et Côme.
Pourtant l’instinct maternel les a rattrapés, et les deux compères ont dû récupérer leurs bébés, ce 23 Avril à 6 heures du matin, au fond pas si mécontents de reprendre la route, alors qu’Alex terminait son pèlerinage amoureux cochinchinois.
Revenons sur ce nouveau départ.
6 heures donc, nous embrassons chaleureusement nos chers hôtes qui ont mis un soin tout particulier à nous accueillir comme chez nous dans leur repère d’expatriés donnant superbement sur la rivière Saigon. Nous retiendrons une anecdote en particulier à l’heure du dernier diner :
-Les garçons, il reste un fond de gigot si vous avez encore faim. Sur ces mots, Isabelle nous apporte un plat géant recouvert entièrement de merveilleuses tranches de viande tendre à faire douter un végétarien. Un fond de Gigot, disait-elle….



Nous quittons cette capitale encombrée en direction de la frontière cambodgienne qui n’est située qu’à 80 km de Saigon. La circulation est encore une fois d’une densité impressionnante, nous slalomons entre toute sortes de véhicules non identifiés de type troupeaudemoutonsàmoteur, épicerieàessence, cyclochampdemanioc, bref, vous pouvez imaginer que nous ne savons pas bien ou donner de la tête. D’autant que nous avons le sentiment d’être encore à Saigon lorsque nous atteignons la frontière, comme si les premiers cambodgiens étaient en fait des banlieusards d’Ho Chi Minh. Ce n’est en réalité qu’une impression trompeuse. Le Sud Viet Nam est certes très peuplé mais la densité au bord de la route a une véritable explication. En effet à la campagne au Vietnam on s’arrache le moindre terrain bordant les routes principales pour y établir un café, un salon de coiffure, un garage, un petit restaurant ou une épicerie et ainsi convaincre le voyageur de s’arrêter en affichant en grand des tarifs bien souvent mensongers. De l’autre coté de ces séries de constructions interminables c’est bien sûr la campagne et les vertes rizières qui alimentent le monde entier. (le Vietnam est le premier exportateur de riz au monde !).

Et oui en Asie du Sud Est on boit du thé!


Nous arrivons ainsi à hauteur de la frontière, un poil abasourdis par les klaxons incessants et les dégagements de pots d’échappement. Nous faisons tamponner nos visas  rapidement et partons enfin nous reposer autour d’un généreux plat de riz et porc grillé. Les vrais diront le contraire, mais la gastronomie cambodgienne n’est pas bien différente de celle que nous avons connue au Vietnam. Un bol de soupe de nouilles richement parfumé, une portion de riz et bien souvent quelques fines tranches de porc fumé pour à peine 2 dollars. Oui au Cambodge on fait ses affaires en dollars, et lorsqu’il faut compléter la note avec quelques centimes on complète avec des Riels ( 1 Euro=5000 riels). Ainsi il ne circule pas de centimes de dollar et aucune grosse coupure en Riels.. Complexe, direz vous ! Un peu oui. Enfin, on s’y fait. (on s’y fait surtout bien arnaquer ! J )



Nous remercions notre aubergiste d’un « Aw kon tom tom » bien placé (Merci beaucoup en Khmer), puis terminons cette première étape à 100 km de Saigon dans le petit village de Chi Fu, au Cambodge donc. En guise de toit nous trouvons pour 2 dollars chacun une chambre clean dans une petite guest house ravie de nous accueillir. L’Asie du Sud Est, c’est en effet l’occasion pour nous de ranger la tente et de gagner en confort tout en restant dans notre budget. En effet il est souvent impossible de dormir chez l’habitant à cause de la barrière de la langue ou des régimes communistes qui l’interdissent et on ne vous cachera pas qu’après une journée sous 47 degrés nous rêvons d’une douche et d’un lit à peu près correct. De vraies poules de luxe !
un des multiples mariages croisés sur la route

Ah bah c'est bon on est plus bien loin!

Nous nous réveillons à 5 heures le lendemain pour démarrer le plus tôt possible et profiter des températures clémentes de l’aube. L’ébullition de la ville a laissé place au calme d’une campagne cambodgienne bien plus reposante. C’est finalement ce que nous recherchons lorsque l’on voyage à vélo : le silence, la nature, les grands espaces et les horizons lointains. Nous sommes donc bien servi par ce Cambodge qui dès les premiers kilomètres nous déploie le tapis rouge. Nous traversons des dizaines de petits hameaux occupés par des familles entassées dans ces superbes maisons de bois sur pilotis que l’on imagine assez facilement les pieds dans l’eau à l’arrivée des grandes pluies de mousson. A notre passage, des dizaines de gamins tous plus mignons les uns que les autres sortent de nulle part pour nous adresser un « Hellooooo » qui ne tarde pas à nous attendrir. On s’organise alors pour répondre à chacune de leurs sollicitations sans faire de jaloux . Jamais nous n’avions dit bonjour à autant de monde en si peu de temps ! Si cette échappée est un tour du monde des sourires, c’est sans aucun doute ici qu’elle atteint son paroxysme. 
Tout est réuni pour nous offrir de merveilleuses étapes. Tout ou presque. Il fait dès 8 heures du matin une chaleur étouffante. Nous remplissons des seaux de sueur en permanence et sommes obligés de boire des quantités stratosphériques de flotte. Ces températures nous épuisent. Nous arrivons le soir de cette deuxieme étape à Neak Long et c’est à peine si nos paupières attendent 20 heures pour se fermer jusqu’au lendemain. Nous vous parlions du confort de ces petites Guest Houses. N’allez évidemment pas imaginer un Sofitel. Ce soir là par exemple Côme connait la joie immense de s’enfoncer une énorme punaise entièrement sous le pied.. Et pas n’imprte quelle punaise, pas celle qui traine au fond du vase fourre-tout de vos entrées. Non non ! une punaise cambodgienne !  Et cette dernière auberge s’est vite révélée être un joyeux bordel qui n’était pas sans nous rappeler quelques nuits mozambicaines. Par chance cette fois-ci les murs étaient épais, nous n’avons pas entendu le concert. 
Nous prenons peu à peu le rythme des journées cambodgiennes, d’un réveil à l’aube et de longues pauses à l’heure où l’Asie tout entière se planque sous un chapeau pointu pour y trouver de l’ombre. Durant ces longues heures nous avalons quelques grilles de mots croisés en se disant que la retraite n’est jamais loin, tentons d’établir des contacts avec nos voisins de sieste par des gestes, des sourires et les quelques mots de Khmer qu’ils nous font répéter en ricanant, et bien entendu profitons de longues siestes dans les hamacs mis à disposition dans la plupart des petites échoppes dans lesquelles nous nous arrêtons.
Un poulet sur un porte gourde, en toute logique

En trois jours nous arrivons déjà à Phnom Penh. Noémie, une amie de l’ESCP nous réserve un accueil une fois de plus assez magistral. En stage dans une petite start up d’événementiel, Noémie coule des jours heureux dans cette capitale attachante, cet empire des tuk tuk où l’on vit heureux dans sa sueur. C’est un jour particulier pour notre Nono car c’est aussi son anniversaire et c’est d’abord dans les locaux de sa boite que nous sommes invités à trinquer avec la patronne pour célébrer ce joyeux événement. La patronne en question est coiffée, habillée d’une robe du plus grand chic, elle nous reçoit dès notre arrivés alors que nous arborons encore notre centimètre de crasse, nos yeux fatigués et notre barbe d’aventurier. Mais elle n’y prête aucune attention et c’est dans la bonne humeur que nous levons notre verre de vin blanc (eh oui on sait vivre à Phnom Penh) à la santé de notre chère hôte. Nous passons ensuite deux jours à arpenter la ville et à écumer les bars de la rue 51 dans une fête d’anniversaire qui ne semble pas s’arrêter. Puis Alex nous rejoint enfin et nous le trainons dans une visite de la prison S21 qui nous glace les entrailles. Nous revenons ainsi 40 ans en arrière. En 1975, une frange communiste extrémiste surnommée Khmer Rouge par l’ancien président Sianhouk prend le pouvoir par la force à un gouvernement libéral proaméricain. Au même moment l’US Army se retire du Vietnam et un gouvernement communiste pacifique s’installe dans le pays. Le Cambodge aurait pu connaitre la même histoire si un certain Pol Pot, dictateur sanguinaire inspiré d’une interprétation du marxisme erronée, n’avait pas pris le pouvoir. Le pays connait alors 4 ans d’une autocratie répressive qui fera des milliers de morts et qui réduira au rang d’esclaves des centaines de cambodgiens dans de gigantesques camps de travail. La prison S21, en plein cœur de la capitale, aux yeux et aux oreilles de tout le monde, concentra durant ces 4 années l’extrême barbarie du régime. Au moindre soupçon d’opposition au régime, on torturait, on  incarcérait, on  interrogeait et évidement on exécutait en ces lieux dans les pires conditions. Seuls 7 personnes ont pu en sortir indemnes et témoigner de l’inhumanité de cette ancienne école transformée en boucherie.

Et voila notre Nono nationale


Sur ces impressions morbides, nous quittons au matin du lundi 28 Avril notre chère Nono et cette capitale qui restera un beau souvenir. C’est sur une piste sèche et poussiéreuse que nous entamons notre remontée du pays en direction des temples d’Angkor. Au sortir de Phnom Penh, la route est encombrée par les camions qui à chaque passage nous envoient un nuage éblouissant et suffocant d’une poussière orange qui vient se coller à nos membres trempés de sueur. L’après-midi est heureusement plus calme et la route retrouve un revêtement asphalté pour notre plus grand plaisir. Nous pouvons à nouveau profiter d’une campagne souriante et d’un vert éclatant jusqu’à notre arrivée après 100 km dans un petit village au nom imprononçable. Nous atterissons dans une auberge bien miteuse (nous sommes devenus champions pour les repérer celles-ci !) mais somme toute d’un confort bien suffisant pour y rester une nuit. Nous nous endormons bien vite quand Alex nous fait une proposition innocente à première vue mais qui aura des conséquences désastreuses.
-          Les gars ça vous dérange si je laisse la porte ouverte pour faire courant d’air ?
En effet rien d’affolant, nous acceptons sans broncher. Nous ne tardons pas à nous rendormir quand vers 23 heures un orage puissant éclate et une pluie bruyante vient s’abattre sur le toit de tôle de l’auberge. Encore une fois rien d’affolant, nous fermons à nouveau l’œil. Alex se réveille 15 minutes plus tard en poussant des gémissements incompréhensibles. Nous entendons un bourdonnement qui s’intensifie et des bruits d’insectes sur les murs. C’est en allumant la lumière que nous constatons l’ampleur du désastre. Une nuée gigantesque de plusieurs centaines d’insectes volants de la taille de papillons s’est introduit dans la chambre, fuyant sans doute l’orage. Ça vole dans tous les sens, ils se prennent dans nos vêtements, nos cheveux, s’explosent contre les murs tant leur nombre leur fait perdre tout contrôle. Bientôt nous avons le sentiment d’être au milieu d’une ruche en ébullition. Nous sortons en  trombe de cette chambre maudite et décidons du génocide de ces pauvres bêtes en fermant la porte. A l’extérieur c’est le même spectacle auquel viennent se joindre de gigantesques lézards sortis du jurassique qui s’adonnent à un festin digne des fins d’albums d’Astérix et Obélix. Nous sommes sous le choc et implorons la pitié de notre aubergiste afin qu’il nous ouvre une autre chambre. Cette fois ci nous la gardons bien fermée. Lui a le sourire aux lèvres et s’amuse surtout de nos mines effrayées. Quelle angoisse !
-          Welcome  to Cambodia my friends !

ce sera plus clair dans notre prochaine vidéo


coucou toi!

Nous repartons le lendemain heureux d’être sortis entiers de ce zoo. Un petit gecko a tout de même décidé de rester accroché au t-Shirt de son nouveau copain Côme. Réveillé encore une fois à 5 heures du matin nous nous lançons à nouveau dans une étape de 115 km jusqu’au village de Stoung où nous trouvons une auberge au même prix que la veille mais nettement plus recommandable. Sur la route une voiture nous dépasse puis ralentit et vient à notre niveau. Il s’agit a priori d’une famille de touristes chinois décidés à nous aider. Voyant nos bouteilles d’eau presque vide et la sueur qui coule sur nos fronts, ils nous tendent à chacun une boisson fraiche. Et forcément comme à chaque fois dans ce voyage, l’un de nous a plus de chance que les autres. Vincent se voit offrir une canette de Pepsi frais quand Alex et Côme héritent d’une petite bouteille d’eau ! Sous la pression de ses adversaire et dans un élan de grand sportif, notre chanceux du jour offre aux deux pleureuses quelques gorgées de son cadeau. Nous bénissons ces chinois et les remercions d’un grand sourire.

Mud Day!


Partis de Stoung, nous apprenons qu’il s’agissait d’un haut lieu de dégustation de tarentules grillées qui, à la saison des pluies, quittent leur repère et sont légion dans les forêts environnantes. Au terme de 95 km avalés d’une traite dans la matinée nous arrivons enfin à Siem Reap, point de départ pour les visites des célèbrissimes temples de la cité d’Angkor. Nous décidons de prendre 2 jours de repos. Le premier pour récupérer de notre gros manque de sommeil, découvrir la ville et se renseigner grâce à internet sur l’histoire de cette cité évanouie depuis le 15ème siècle. Il règne de grands mystères autour de cette cité que les scientifiques tentent toujours d’élucider. Nous décidons d’aller nous faire notre propre impression et partons le lendemain au lever du soleil, direction Angkor Wat, en vélo bien sûr !

la piste après la pluie, un beau matin

Hellooooo



Nous arrivons sur les lieux à l’heure de pointe. Le soleil est à peine levé et une horde de touristes de toutes nationalités ont planté depuis quelques minutes leur trépied sur lequel ils ont installé un appareil photo réflex dernier cri. On ne visite Angkor qu’une seule fois, il ne faut pas rater ses clichés. Nous contemplons en même temps que tout le monde l’incroyable beauté de ce temple que je n’ai pas besoin de vous décrire tant ses images ont fait le tour du monde. En revanche je peux tenter de vous peindre la sensation que l’on ressent en visitant ces temples, car oui Angkor ce n’est pas qu’un temple mais une cité en ruine qui compte encore les restes de quelques 260 temples. Et si Angkor Wat apparait dans nos livres d’histoire il n’est pas forcément le plus impressionnant. Nous nous dirigeons ensuite vers le temple d’Angkor Tom, puis Preah Khan et enfin Ta Prhom que les racines d’immenses arbres tropicaux engloutissent un peu plus chaque année. En se promenant dans ces temples plongés dans une épaisse jungle on se prend vite pour un Indiana Jones à la recherche de l’arche perdu. En écartant une lianne pour se frayer un chemin entre les rochers on tombe sur une nouvelle statue de Bouddha que l’on pourrait croire encore méconnue des archéologues, une stelle encore inviolée par les pillards du temps des explorations d’André Malraux, puis remettons vite les pieds sur terre en découvrant que ce même caillou est en train d’être photographié par un groupe de touristes tout aussi émerveillés. Zut ! encore raté ! 

Angkor Wat en contre jour, malheureusement

Bayon

un pote pas bien bavard


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En arpentant les routes qui relient les différents temples, on croise un ou deux éléphants domestiques, un groupe de singes occupés à voler des fleurs de lotus à des vendeurs ambulants, on tente de se faire une image de cette cité qui était il y a près de 1000 ans la capitale de l’empire Khmer, une ville d’opulence d’un million d’habitants, chiffre considérable pour l’époque. Une si prodigieuse concentration de richesses et de population a pu être attribuée au génie des ingénieurs Khmer qui y avaient construit un impressionnant réseau d’irrigation permettant d’avoir de l’eau toute l’année et ainsi maintenir un rythme de cultures très élevé. Mais comment alors une telle prouesse qu’est la cité d’Angkor a pu disparaitre à la fin du 15 ème siècle sans laisser aucun indice aux générations qui l’ont suivi ? C’est la question que se posent aujourd’hui des scientifiques du monde entier. Finalement peut-être seuls les bonzes qui déambulent mystérieusement entre les temples en ruines en toge orange détiennent-ils les secrets d’Angkor.. Affaire à suivre. 


les voila les fameux bonzes

Sur le tournage de Tomb Raider!


Le samedi 30 avril sonne notre dernière journée au Cambodge, dans ce pays aujourd’hui bien paisible qui nous a impressionnés par sa verdure et sa jeunesse. Quelques questions restent encore en suspens. Pourquoi toutes ces rizières abandonnées ou du moins désertes sur les bords des routes ? Les vietnamiens, railleurs, nous ont proposé une piste de réflexion. Selon eux : « Les vietnamiens cultivent le riz, les cambodgiens le regardent pousser et les laotiens….l’écoutent pousser. »
Restons en retrait de ces débats houleux et contemplons surtout cette dernière étape de 130 km jusqu’à Anlong Veng qui nous offre des paysages à couper le souffle. Notre route croise les premiers reliefs, traverse de minuscules villages aux maisons colorées et des parcs naturels qui sont encore le repère des derniers tigres du Cambodge. Nous ne croiserons évidemment pas les félins mais ne manquerons pas de faire des écarts pour éviter des serpents morts sur les bords de route. Décidément au Cambodge, la vie sauvage est omniprésente.

Cette longue étape terminée, nous filons nous coucher et rêvons déjà de l’autre coté de la frontière, à quelques 20 km de notre lit.


Rendez-vous en Thailande !


un exemple de cycloépicerie

Anakin Skywalker et ses potes en pleine course de module