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Entre Tofo et Maputo: les derniers km au Mozambique



   Le lendemain matin c’est lundi. Il parait que les requins baleine nous attendent. C’est donc avec pas mal d’aisance que nous sautons de nos lits superposés dès la première sonnerie de réveil. Il y a des jours comme ça où on n’a pas besoin de snoozer 15 fois. 1h plus tard, c’est avec café et thé (gratuit, c’est pour ça qu’on le précise) que l’on assiste au briefing pré-aventure. Notre commandant de bord est un petit mozambicain qui nous explique un peu ce que l’on peut potentiellement voir. Dauphins, raies mantas, tortues et bien sûr, le monstre marin : le requin baleine. Requin dans la façon qu’il a de se déplacer et pour sa morphologie (aileron et tout le bazar), baleine pour la taille, les plus gros pouvant atteindre les 13 mètres nous explique-t-il. On se réunit tous autour du zodiaque à moitié immergé sur la plage, on pousse, on se hisse péniblement à bord… Cette dernière partie est peut-être la plus rigolote de l’excursion, car des ressortissantes des Etats-Unis, représentant  fidèlement  leur pays font aussi parti de l’aventure. Autant vous dire que la manoeuvre n’est pas des plus aisées. Puis l’embarcation s’élance à l’assaut des vagues qui viennent s’éclater de front sur la proue du navire. « Oh chaval ! », « Damn it ! », « Ah la vache… ».  Et oui, Tofo c’est touristique et chacun s’exprime dans sa langue natale. Et c’est aussi un gros spot de surf ce qui explique que les vagues soient assez impressionnantes. Une fois atteint le large, le commandant de bord laisse le manche à son mousse puis grimpe sur sa chaise surélevé à la Roland Garros. Et c’est alors d’un air fier qu’il commence à scruter l’horizon. « Je crois qu’on peut lui faire confiance, il va bien faire son taf ! » affirme Alex pour essayer de détendre Côme. Effectivement, après 5 minutes d’observation très silencieuses durant  lesquelles la tension monte un peu comme dans les dents de la mer, le verdict tombe : « Whale Sharks on your left ! » crie le patron depuis son trône d’arbitre. Côme en repère un autre sur la droite et l’annonce à haute voix. Le patron qui doit sentir son autorité à bord un peu menacée rétorque immédiatement à Côme : « Tranquilo, Tranquilo ! » 
 
La chasse aux requins peut commencer...
    Les palmes enfilées et masques tubas autour du coup, nous attendons le Go de l’arbitre. Et c’est avec une pointe d’appréhension que nous plongeons dans le grand bain aux requins en direction de l’imposante masse sombre qui se déplace en surface. C’est l’euphorie à bord, les quelques 15 passagers agitent leurs palmes avec vigueur pour atteindre au plus vite la bête qui peut replonger dans les profondeurs d’un moment à l’autre. Nous avons de la chance, nos cuisses sont affutées pour l’occasion et nous arrivons les premiers près de Mobydick ! Le spectacle est grandiose et c’est avec encore des frissons que je vous conte la découverte. Il s’agit là d’un individu marin de près de 6 ou 7 mètres de longueur et d’une envergure à faire pâlir plus d’un requin blanc. Heureusement, notre ami se déplace lentement et ne peut donc pas réellement nous blesser dans les mouvements qu’il opère. 
 
Serein le mec !
    
Et puis sa gueule n’a rien à voir avec celle d’un tueur marin (sauf peut-être quand on a la malchance d’être un petit plancton). Il s’agit d’une énorme cavité d’environ 1 mètre de largeur et 50 centimètres de hauteur supplantée par les deux yeux du requin aux deux extrémités. Il n’y a pas de doute, la bête est amicale et nous décidons donc de nous rapprocher de cette splendeur. Le souffle nous manque un peu du fait de l’émotion et nous avons parfois du mal à suivre la course de la bête, surtout quand Côme la fait accélérer en lui mettant malencontreusement des coups de palmes. Nous remontons à bord une fois le spectacle terminé. Si certains passagers sont complètement anéantis par le mal de mer, la Grande Echappée et encore debout et rappelle le requin : on ne va pas laisser le rideau tomber si vite ! 
 
Que de la gueule ces requins baleine !

      On veut revoir ce poisson hors norme, cette masse flanquée d’ailerons à faire frissonner, ce corps gigantesque tacheté de blancs. Ce sera chose faite avec un nouvel individu encore plus gros que le précédent. Cette fois-ci on n’hésite plus à venir chatouiller le monstre et à passer à quelques centimètres de sa gueule grande ouverte ! Pour les dauphins et autres espèces marines, il faudra revenir l’année prochaine car c’est choux blanc. Mais l’essentiel est là, ce n’est pas le genre de  spectacle que l’on voit deux fois dans sa vie et c’est des étoiles plein les yeux que nous quittons Tofo, enchantés…
 
La nuit tombe sur Tofo, il faut prendre la route !

     Il est déjà tard et pour respecter le programme, nous devons donc rouler de nuit sur une petite distance de 42km. Nous transformons nos bicyclettes en sapin de Noel (la sécurité avant tout) et on ressort même le gilet jaune laissé au fond d’une sacoche depuis  l’Europe. L’exercice ne manque pas de charme. Il y a peu de trafic et le ciel est très étoilé. Il fait frais, nous sommes bien et nous roulons bon train. A 21h, nous voilà arrivé à la ville de Cumbana Nous trouvons un édifice éclairé semblant abandonné, le spot est parfait pour une arrivée de nuit et c’est avec entrain et appétit que nous attaquons notre pique-nique sur la terrasse. Le lendemain, nous engloutissons les 100km qui nous séparent de la ville de Quissico. Rien de particulier à noter à part des dizaines et dizaines d’échoppes identiques de Piri-Piri (sauce pimenté locale) sur le long de la route qui nous font faire deux commentaires : 1) «Pourquoi se mettent-ils tous au même endroit ?  Ils ont tout de même un peu de mal avec le business parfois » 2) « Bon bin là il y a de quoi donner la chiasse à la Grande Echappée pendant au moins 50 ans ». En vrac, on passe aussi devant un très beau lac et on remarque que des gros convois militaires sont envoyés au Nord. La situation ne doit pas s’arranger…
 
Euhhh, une marre !?
    Le soir à Quissico, nous faisons la connaissance de Taylor, une jeune Américaine qui est « Volunteer » au Mozambique depuis 2 ans. Elle est envoyée par un organisme Américain pour faire de la prévention médicale tout comme Taka était envoyé par une ONG Japonaise pour faire de la formation en agriculture.  Elle nous accueille dans sa modeste demeure et nous parle de sa vie ici à Quissico. Nous faisons aussi la rencontre d’une de ses amies allemandes, arrivée depuis peu… pour faire quoi ?! Et bien pour être volunteer bien sûr. Oui, dans cette région du Mozambique, c’est à la mode.
 
Quissico(co) ?! Hihi
    Le lendemain, nous parcourons une soixantaine de kilomètres le matin et nous faisons la pause dans un bled perdu où l’on se fait cuisiner des pates dont la saveur restera dans les annales ! Il y a des jours comme ça où des petits kiffes sortent de nulle part. Si la veille, c’était le jour du Piri-Piri, aujourd’hui, c’est le business des noix de cajou qui a le vent en poupe sur la route N1. Les sachets sont accrochés aux branches des arbres. Pratique pour une attrapée à la volée mais il ne faut pas oublier de payer. Le Mozambique est l’un des premiers exportateurs de noix de cajou mais bizarrement celles-ci restent chères sur le marché local. Ah mystérieux Mozambique… ! 
 
Alex, pas de betises, elle te surveille...!
   L’après-midi nous entrons dans la province de GAZA (et ouai après SOFALA, nous, on fait GAZA on n’est pas des rigolos !) Bin non c’est une blague ! Ahah. A Gaza version Mozambique, il n’y a rien à craindre. A part peut être les moustiques. Nous en faisons l’expérience le soir venu à Chidenguele, alors que nous dormons dans la sacristie d’une Eglise attenante à un couvent construit par des chinois. Whaaat ? Vous êtes perdus ? Ouai, je comprends. En fait, il s’agit d’un ancien camp de base d’une grande entreprise chinoise de BTP. A leur départ, ils ont laissé les maisonnettes à l’abandon. Le père Enrique a saisi l’opportunité et paf, un couvent ! Bon bref, je me suis un peu égaré. On en était aux moustiques. Donc le soir, Côme se mate tranquillement un bon gros Jason Bourne sur le PC, Alex s’entretient téléphoniquement avec sa chérie aux abords de la sacristie et Vincent  décide de se coucher tôt ! Bin pour la grosse nuit de sommeil, il faudra repasser, ce soir c’est Mosquito Party !
 
   Le lendemain matin Vincent fait la tronche. Certains auraient même entendu un « Quel pays de M***E ! » sortir de sa bouche au cours de la nuit. Il se remettra sur la route pour Xai-Xai (non non nous n’avons pas atterri en Chine, il faut prononcer Chai-Chai). A Xai-Xai, on redécouvre l’agitation d’une grosse ville. Et même pour la première fois depuis Dar Es Salam : des embouteillages. Mieux encore ! Sorti de nulle part surgit un KFC. On parle bien du KFC Ketchup Frites Chicken qu’on a en France ? Ouai c’est le même ! Premier Fast Food rencontré en Afrique. Alex a les larmes aux yeux même s’il aurait préféré voir un McDo. Hélas ici, ce n’est pas le truc que tu fais en mode détente avec tes potes. Le KFC à Xai-Xai ça ne blague pas du tout. T’y rentre que si t’es sapé. C’est un peu leur Tour d’argent locale (c’est méchant ! mais un peu vrai.) Alex y pénètre pour voir les prix (et secrètement, pour s’émouvoir un peu plus) et ressort déçu. « C’est hors budget ! ». Ensuite nous reprenons la route et traversons le fleuve Limpopo. A cette occasion, nous roulons sur une dizaine de kilomètres entourés d’étendues verdoyantes. Le ciel est couvert, on se croirait presque en Bretagne ; en  tout cas pas en Afrique. Ici, tout semble très humide et à voir les grandes flaques d’eau qui jonchent le bord des routes,  on n’a pas trop de mal à s’imaginer les grandes inondations qui ont dévasté la ville de Xai-Xai en 2012.   
 
Macho Macho meeeeeen !
   Le soir, on dort dans un bar à Chissano. Il y a de l’électricité et du coup ça part en séance tondeuse électrique. Alex, lassé de se mettre tout le temps de la mayo dans la barbe décide d’en finir. Il sort des sanitaires avec une moustache à la Starsky et Hutch et déclenche un bon gros fou rire chez ses camarades. « Bah quoi faut bien garder une touche de fun ». Mouai  en vrai, il y a moyen qu’il se trouve un peu beau gosse avec sa nouvelle moustache. Ça se moque pas mal en tout cas. Mais Vincent se laisse lui aussi tenter et part dans un délire Rouflaquettes Stachemou de compétition. Et là, la team des Village People commence vraiment à prendre forme.
 
   Vendredi matin, nous prenons la route de bonne heure. Aujourd’hui commence le week-end. Nous voulons être à Bilene pour le déjeuner. Il ne faut pas traîner, 66km nous en sépare. Sur la route, rien de particulier à part peut-être la rencontre d’un petit caméléon. Malgré une technique de camouflage bien au point, la bête se fait assez vite repérer par Côme qui stoppe tout de suite son vélo au bord de la route. Il s’en suit une pause vélo un peu plus fun que les autres avec notre nouveau copain : séance photos sur guidon, sacoches, rétroviseur et j’en passe où le copain nous en fait voir de toutes les couleurs, interview (bah qu’est-ce que tu fais là toi ? Oui, Côme parle aux animaux !). La petite bête est mignonne et Alex et Vincent ont bien du mal à expliquer à Côme qu’un tour du monde à vélo, ce n’est pas le rêve du commun des mortels des caméléons. Cette petite péripétie passée, nous reprenons la route pour Bilene. Elle est d’ailleurs bien monotone cette route, mais le paradis est au bout du guidon.
Pas hyper bien planque le copain  

   12h arrivée de la Grande Echappée à Bilene. Nous installons notre QG au Palmeira Complexe, un petit Beach Resort avec plage privée ! Et ouai on s’en fait pas nous ! C’est chic mais le hic c’est que nous on ne prend pas de bungalows (trop cher). On se contente du perron d’un bungalow inoccupé. Ça aurait pu être cool mais l’endroit est infesté de moustiques (et oui encore !) ce qui nous vaudra deux nuitées peu agréables (cf. description du Mosquito’s Spot Surfing plus bas). En attendant, on profite bien de nos journées entre siestes sur notre plage privée, baignades dans le lagon et gros diner barbecue où nous nous cuisinons de belles crevettes et de grosses patates. L’endroit est paradisiaque, une plage de sable fin bordant un lagon très calme et très bleu,  nous protégeant de puissantes vagues que l’on entend se briser au loin sur la cote. Tout est donc pour le mieux dans le meilleur des mondes. 
 
La nuit tombe sur Bilene Beach, le debut du match approche

   Sauf quand la nuit tombe. Là, des hordes de moustiques passent à l’attaque. La première nuit, nous trouvons la parade en dormant sur la plage. En effet, il y a plus de vent et les petits gringalets de moustiques ne parviennent pas à maintenir leur vol stationnaire. Mais la deuxième nuit lorsque l’orage se mêle à la partie ça devient très compliqué. Et c’est alors que l’on peut parler de Mosquito’s Spot Surfing, un sport original et méconnu inventé par la Grande Echappée que nous avons décidé de vous présenter dans ce post. Comment jouer ? Mauvaise question ! Ce sport ne se joue pas, il se subit. Ce n’est donc pas vraiment un sport me direz-vous ! Si car il en présente pas mal d’attributs. Au début de la nuit, plusieurs joueurs entrent sur le terrain, insouciants et plein d’espoir pour la nuit... Ils disposent chacun des accessoires de base suivants : tapis de sol, oreillers, spray anti-moustiques (1 pour 3), vêtements pour se protéger du froid. Jusque-là tout va bien, ils ne savent pas encore qu’ils vont en chier, qu’ils vont entrer dans le Game  sans le vouloir. C’est alors qu’intervient l’ennemi, le fléau, la galère, le tue-sommeil,  appelez-le comme vous voulez : les moustiques. Les adeptes de ce sport se comprennent entre eux en les nommant simplement « Ils ». Enoncer à haute voix leur nom porte malheur.  Le match est alors lancé. Le but est de passer la nuit la moins merdique possible. Dans ce sport, il n’y a pas vraiment de gagnant mais seulement des « moins perdants ». Il s’agit de se protéger un maximum, de se couvrir et de laisser découvert le moins de partie de peau possible. Ou si peau découverte il y a celle-ci doit être minutieusement protégée. Mais attention, l’équipe ne dispose que d’un répulsif pour trois ce qui ajoute une part importante de stratégie à la discipline (vous allez comprendre). Côme et Vincent commencent le match sur la plage mais doivent rejoindre vers minuit Alex qui avait lui choisi un spot abrité de la pluie. L’orage fait donc marquer  un point à Alex. Mais bientôt le spot abrité de la pluie subit une vilaine attaque rangée d’escadrons de moustiques bien décidés à en découdre. Vincent craque le premier et retourne sur la plage humide et ce, sans répulsif car la règle du jeu veut que le produit reste entre les mains de la majorité.   
 
Bivouac forcé pour la Grande Echappée


   Alex se réveille quelques minutes plus tard et décide de rejoindre Vincent pour tenter une alliance. Cette fois-ci avec  le spray anti-moustique : habile ! Vincent et Alex, tapis de sol gonflé à bloc mais moral déjà dans les chaussettes se croisent à 1h du mat’ au milieu du terrain de jeu. Verdict de Vincent : « Mec, il n’y a pas d’issue, on est foutus, trop de vent sur la plage ». Gros fou rire nerveux qui ne cache que partiellement la détresse des deux « Surfers ». Fin de la nuit sur la plage malgré un vent force 4. Au petit matin (5h du mat), on compte les points. Côme s’est sans doute bien battu dans son sommeil mais dans la réalité, dans le match le vrai,  il a fait une piètre performance: une belle piqure sur la bouche et peu de sommeil. Alex et Vincent eux n’ont pas très faim au petit-déj, ils ont bouffé du sable toute la nuit mais ils s’en sortent sans trop de piqures. Difficile à départager donc. Dans ce cas de figure, la fédération du Mosquito’s Spot Surfing veut que l’on attende une semaine ou deux pour voir qui a choppé le palu. Et à ce jeu-là, l’histoire montre que Côme n’est pas souvent gagnant…
 
 
Combattant en fin de match...
 
Le Spot de base...
   La Grande Echappée adresse toutes ses excuses à ses lecteurs pour cet intermède imprévu mais raconter, ça soulage ! Le lendemain matin ça a beau être dimanche : pas de grasse mat’. Mais beaucoup mieux que ça, 105km à parcourir à vélo pour rejoindre la ville de Maniçha. Youpi, on a trop bien dormi, on pete la forme, on a trop envie ! Bon bref, pas grand-chose à raconter. On parle peu, on mange un gros poulet riz et on fait deux siestes chacun. Le soir, dodo de bonne heure, cette fois-ci dans une vraie chambre avec même des vrais lits ! Enfin, 2 pour 3 quoi, on s’embourgeoise pas non plus comme ça du jour au lendemain. Puis c’est lundi et aujourd’hui est un grand jour, après quelques 2500km à vélo au Mozambique, nous allons enfin atteindre la capitale Maputo, point final de nos aventures en terre Mozambicaine. Pressés, excités et reposés, nous effaçons les 90km qui nous en séparent d’une seule traite. 
 
Alex et son nouveau pote...
   Le trafic s’intensifie, beaucoup de  bruit, de  monde, une banlieue qui n’en finit pas.... L’arrivée dans cette grande capitale africaine nous impressionne et nous réjouit. Il y a même des supermarchés et non pas 1 mais 2 KFC ! Ouaaaah ! Alex est sur le point de craquer. Côme lui repère un marchand de glace : « Ohhh, il y a grave des parfums ! » C’est finalement dans un Take Away lambda que nous prenons place pour nous sustenter. Très bon choix : le patron indien qui apprécie que 3 loulous achevant la traverser du Mozambique à bicyclette atterrissent dans son « resto » nous offre le déjeuner ! Notre séjour à Maputo s’annonce plutôt bien ! 

Vendeur de balais a Maputo
Deux manches de l'orientation perdus dans la capitale
Quand on arrive en ville...

Quelimane-Inhambane : De la guerre civile aux récifs coraliens



Nous voila donc coulant des jours heureux dans la ville de Quelimane. La ville nous plait d’entrée, suffisamment grande pour avoir tout ce que nous aimons et assez petite pour que nous puissions connaitre ses rues comme notre poche rapidement. Autre avantage non négligeable de Quelimane selon notre guide : sa gastronomie qu’il place en number one du mozambique. Autant dire que c’est les crocs acérés que nous nous mettons en branle pour trouver un petit restau à la cuisine typiquement zambézienne. Après pas mal de recherche c’est un choux  blanc, la seule spécialité que l’on nous propose c’est du riz-poulet. Pas dingue ça. Par contre nous découvrons une version mozambicaine du fastfood proposant glace à l’italienne, gâteau au chocolat et brochette au barbecue. Ô ciel !Ce gâteau au chocolat, rien que d’en parler j’en ai les larmes aux yeux. Bref vous vous dites, pourquoi il nous raconte ça celui-là, on s’en cogne de son gâteau au chocolat. Mais tout ça pour vous dire que nous y établissons notre QG pendant 3 jours et que nous sommes heureux et ça c’est important. A Quelimane nous découvrons la plage de Zalala située à quelques bornes du centre. Une étendue de sable bordée d’une grande forêt sauvage dont Alex grand nostalgique qu’il est nous dira « Ouais bah on dirait les Landes quoi ». Une vraie plage sauvage où l’activité frénétique des pêcheurs nous rappelle que la mer ça ne sert pas qu’au tourisme. Nous y découvrons d’ailleurs qu’à Zalalaon pêche le requin-marteau dont la tête ressemble effectivement à un marteau contrairement au poisson-chat qui ne ressemble pas un chat.

Ironie du sort, un pêcheur dans ses filets..


A tout moment ici tu peux te retrouver assis sur un requin marteau! 

Le seul point noir de notre passage à Quelimaneest cette scène où, attablésà notre fastfood préféré, nous voyons une jeune femme voler quelques brochettes avant de se faire rouer de coups par le serveur et l’agent de sécurité du coin sous l’œil goguenards des passants. En Tanzanie et au Mozambique nous avions déjà pu constater que le vol est extrêmement mal considéré. Mais la violence des coups portés et le décalage entre le « crime » et la peine choque nos esprits occidentaux. Un vrai sentiment de malaise nous saisit pour la première fois ici. Nous ne savons pas trop quoi penser de la scène, oscillant entre volonté de ne pas porter de jugement et malaise provoqué par l’événement.

Champion! 

Nous passons donc un jour puis deux puis trois à Quelimane, mais contrairement à ce que vous pouvez croire ce n’est pas que le gâteau au chocolat qui nous retient. En effet c’est à Quelimane que l’actualité brûlante du Mozambique vient rattraper et perturber notre voyage. Pour mieux comprendre les péripéties qui vont suivre remontons un peu dans le passé pour un cours express sur l’histoire du Mozambique. Super ! En 1975, le peuple mozambicain (ou mozambicais je sais toujours pas) obtient son indépendance après plusieurs années de lutte contre les autorités portugaises. Le parti d’indépendance, le FRELIMO, déclare la naissance du Mozambique et prend les rênes du pays. Presque parallèlement un mouvement rebelle, le RENAMO, soutenu par le régime apartheid sud-africain nait à son tour et entame une lutte armée destinée à faire tomber le régime communiste du FRELIMO. Pendant près de 15 ans le pays connait une guerre civile qui fait près d’un million de morts et paralyse le pays. En 1992 un accord de paix est signé entre FRELIMO et RENAMO, et ouvre une période de stabilité. Mais bon depuis quelques mois des partisans de la RENAMO fatigués par des élections par forcément hyper transparentes et par un partage des richesses pas forcément hyper juste, ont décidé de reprendre certaines activités deguerilla à savoir kidnapping et attaque de bus à la mitraillette sur la route principale du pays. La province de Sofala au centre du pays, fief historique de la RENAMO connait donc à nouveau des troubles depuis quelques semaines. Bref revenons à nos moutons. A Quelimane nous sommes à la limite avec cette province de Sofala et la route qui connait ces récentes attaques est bien celle que nous voulons emprunter à bicyclette. Et là vous commencez à voir le souci.Depuis 2 semaines nous regardons doncle 20h en portugais pour suivre l’évolution du schmilblick et nous discutons régulièrement de ce problème avec les gens que nous croisons.  Une chose est claire pour eux il est impossible de traverser la zone à vélo, la seule solution est de prendre un bus qui sera escorté par l’armée sur les endroits à risques. Nous pesons le pour et le contre de toutes les solutions : prendre le bus ? contourner la zone en passant par le Malawi et le Zimbabwé ? prendre un avion ? passer par une route de montagne à l’ouest du pays ?  A Quelimane après moults débats nous optons finalement pour l’option du bus. Voilà donc ce que nous attendons à Quelimane ces jours-ci : le bus !
Le départ est fixé pour Samedi 4h du mat’ . A 2h30 le réveil fait son boulot et nous découvrons sur le téléphone d’Alex de bien mauvaises nouvelles : le convoi de bus de la veille escorté par les militaires a été attaqué et la France a perdu le match aller de son barrage pour la coupe du monde. Y’a des matins comme ça où il vaut mieux pas se lever. C’est donc passablement nerveux que nous nous rendons à la gare routière (à cause de l’attaque de la veille pas à cause de Franck Ribery). Nous tentons bien quelques blagues mais le cœur n’y est pas vraiment et puis il est 3h du mat’ aussi. A la gare l’ambiance nous détend un peu, l’inquiétude ne se fait pas vraiment sentir ni chez les passagers ni chez les conducteurs. La perspective de traverser une zone où des gusgus en treillis tirent sur les bus ne semble pas entamer la bonne humeur du coin. Trop de sensiblerie chez les occidentaux ! L’arrivée de notre chauffeur de bus finit de nous rassurer. Lui on l’appelle « Patrao », le Patron. Un style de conduite à la Fast and Furious 4 et une classe à la James Bond. Patrao fait vrombir le moteur et nous voilà partis. Il fonce, klaxonne, débraye, double en montée, klaxonne, double dans un virage, évite un vélo, écrase un singe (triste mais vrai), esquive un contrôle de police puis bougonne à un deuxième, traverse le Zambèze et grimpe les montagnes. Bref en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire (d’autant plus que Patrao ne fait pas de pause, « les pauses c’est pour les nazes » croyons-nous lire dans ses yeux) nous voilà à Muxungue, ville de départ de l’escorte militaire. 

Notre escorte, prête à intervenir!

A Muxungue l’ambiance est pour le moins étrange. Une marée de bus et de camions attendent gentiment le départ d’un impressionnant dispositif militaire pendant qu’une nuée de vendeurs à la sauvette slalome entre les véhicules pour proposer coca-cola et noix de Cajou. Nous sommes réellement  stupéfaits par les moyens militaires mis en place : soldats, véhicules blindés, mitrailleuses à la Rambo, lance-roquette ! Rassurant ? Oui et non … Après une longue attente le convoi se met en branle nous sommes placés derrière un camion où deux soldats sont en faction, abrités derrière deminces meubles en bois. « A mon avis, ces deux bizus là, ils ont perdus au pile ou face ce matin » avance Côme. Dans notre bus l’ambiance est un peu moins détendue qu’au début du trajet et nous pareil… Même Patrao à l’air un peu plus concentré que d’habitude ! Sur la route pas un chat la zone est sacrément sauvage. Nous croisons plusieurs carcasses de voitures brûlées, bonjour l’ambiance ! Au moindre ralentissement  nos militaires sont à l’affut et on sent bien que la traversée de la région n’est pas tout à fait anodine. Quelques 90 km plus loin nous franchissons le fleuve Save point frontière entre la province de Sofala et celle d’Inhambane. L’escorte militaire prend fin et nous poussons un vrai soupir de soulagement. Patrao,impeturbable, reprend son rythme de croisière et nous jette quelques kilométres plus loin aux croisements entre la route principale et celle menant aux plages paradisiaques deVilanculos.Car bien souvent au Mozambique la frontière entre la galère et le kiff est bien mince ! A peine sorti de la zone mitraillette &lance roquette nous pénétrons dansla zone eau turquoise & sable fin. De quoi vous faire perdre la tête tout ça. Nous mettons le cap sur Vilanculos, ville touristique centrale du Mozambique. Effectivement il y a de quoi, une baie magnifique s’offre à nous, à marée basse les bancs de sable surgissent au milieu d’une eau parfaitement claire. Nous prenons nos quartiers dans l’auberge backpackers du coin totalement vide à cette période de l’année et tenue par un allemand.

Enorme festin en self catering. Difficile de se rendre compte à quel point on est heureux là!

Ouais on manque un peu d'affection parfois..

 C’est un sacré personnage celui-là il faut dire, c’est un vieux de la vieille de Vilanculos, il commente sa vie ici d’un air désabusé « Comment j’ai atterri ici ? L’illusion d’un paradis … et une succession d’erreurs ! » nousdit-il avant de partir d’un gros rire parfaitement germanique. Une pointe d’aigreur s’entend presque dans son discours, mais il faut bien dire que le pauvre bougre a connu récemment une grosse déception avec la descente en deuxième division de l’équipe de foot de Vilanculos.  Sale affaire ! Toujours est-il que nous nous sentons bien chez lui, nous profitons des délices de la plage et planifions une sortie snorkling pour le lendemain. Point d’orgue de notre journée, nous achetons un magnifique poisson de 3kg (un petit tarpon selon notre spécialiste pêche) que nous cuisinons au barbecue. Nous retrouvons le plaisir de faire notre propre tambouille ! Au petit matin, c’est donc une team Grande Echappée en forme olympique qui monte à bord du DolphinDows II, un frêle esquif chargé de nous emmener voir de plus près la population marine de l’archipel de Bazaruto. Nous partageons la journée avec un couple venu tout droit de Johannesburg pour des vacances de rêve à Vilanculos.Les fonds marins de l’archipel valent leur pesant de cacahuètes.Tout un tas de poissons aux couleurs et formes révolutionnaires se promènent joyeusement sous nos palmes (note technique : carangues, poissons perroquets, chirurgien, bonefishs, murènes, mérous..). A la sortie de l’eau nous discutons donc poisson porc épic, poisson lune et oursin, un peu impressionnés par ce que la nature peut produire. On en deviendrait presque philosophe.


Nous quittons Vilanculos avec regret le lendemain pour retrouver la route.. Nous pédalons nous pédalons mais notre esprit est ailleurs. Quelque part entre la France et l’Ukraine probablement ! Car même à 10000km  de la maison nous n’oublions pas nos devoirs patriotiques : celui de nous qualifier  pour la coupe du monde au Brésil (oui oui on dit « nous »)! Et ce soir c’est match.  L’objectif de notre journée est simple : trouver une maison équipée d’une parabole retransmettant le match.Notre quête nous occupe tellement l’esprit que des conversations improbables voient le jour :
« - Tu préféres voir un éléphant traverser la route ou qu’on se qualifie pour le mondial ?
-          Hum… Je prends la coupe du monde direct ! Mais pour un lion là je dis pas »

Evidement aucun n'a traversé, faux espoir

     Le soir venu nous faisons halte à Cheline. Pas de parabole ici mais nous retrouvons avec plaisir notre spot de bivouac préféré : une salle de classe d’une petite école d’un petit village. Un de ces soirs où l’on dort à l’air libre après avoir pris une douche sous les palmiers.
Le lendemain  matin nous apprenons que nos prières ont été exaucées et nous trinquons du thé à la santé de nos valeureux champions. Comme tout bons français après un lendemain de foot nous passons la journée à refaire le match. Effectivement nous n’avons pas vu le match mais nous ne sommes pas du genre à nous arrêter à ce genre de détail ! Bref arrêtons de parler de ballon rond la journée est également importante au Mozambique car aujourd’hui ce sont les élections municipales. Il faut vous dire que ça fait 2 semaines que les villes que nous traversons suivent le rythme des camions-sound system des deux partis. Des affiches s’étalent un peu partout dans les rues et les partisans distribuent allégrement casquettes et drapeaux. Bon il faut bien avouer que le combat semble bien inégal entre un parti gouvernemental suréquipé et celui d’opposition bien plus discret. De notre côté nous ignorons les clivages politiques et nous glissons tranquillement sur la route des vacances. Nous passons la nuit à Unguana une bourgade de taille moyen-plus dont nous ne gardons pas que des bons souvenirs. Un certain nombre de mauvaises rencontres nous font détester la ville: le prof de math bourré comme un coing limite agressif, le scorpion qui passe entre les pieds d’Alex et l’araignée grosse comme mon poing (et j’ai un gros poing). 

A 6h le matin, pas évident..


Nous passons la nuit sous le porche d’une maison et filons dès les premiers rayons du soleil vers des cieux plus chaleureux. Et quels cieux ! Il fait gris ce matin-là, chose suffisamment rare ici pour qu’on le mentionne. Ca pleuviote et ça vente pas mal, on se croirait presque en Bretagne.  Nous avançons lentement à cause d’un dieu Eole bougon qui a décidé de nous les briser (les jambes). Mais notre moral est à l’épreuve du vent et nous passons une journée magnifique. D’abord une jolie mozambicaine nous propose du lait de coco au déjeuner. Ensuite nous passons le tropique du Capricorne et franchement ça fait plaisir (à cette occasion Vincent dira une énormité géographique que nous ne mentionnerons pas par respect pour lui).

Grand moment avec tous nos potes!


 Enfin à l’arrivée à la ville de Morrembene notre ville étape du jour nous faisons la connaissance de Taka, un jeune volontaire japonais travaillant depuis 2 ans pour une ONG promouvant l’agriculture locale. En deux coups de cuillère à pot le voilà nous proposant le sol de son salon pour passer la nuit. C’est surtout l’occasion pour nous de partager nos impressions sur notre Mozambique adoré du genre
« t’as compris toi pourquoi les bières de 25cl coutent plus cher que celle de 50cl ? ». La maison de Taka n’est pas bien grande mais nous y entrons tous les trois largement  pour une nuit royale.

Ce bon vieux Taka, hôte de qualité


Le lendemain il fait toujours gris mais cela ne nous empêche pas de parcourir les derniers kilomètres qui nous séparent de l’océan indien et de la ville d’Inhambane, capitale de la province du même nom. Inhambane est une ville assez sympa, petite et aérée. Nous en faisons rapidement le tour et nous décidons de nous mettre en quête d’un internet café. Ici chercher internet est toujours une mission exaltante à l’issue aléatoire. Après une grosse de recherche, d’espoirs et de déceptions nous nous avouons vaincu pour cette fois. Nous décidons de nous remonter le moral autour d’une grosse soupe aux haricots et nous rencontrons Chana, artiste de la ville qui nous emmène faire un petit tour de la Maison de la Culture pour nous montrer ses peintures. Un peu de culture ne fait jamais de mal !


Une des oeuvres de Chana, notre peintre rasta


 Nous remontons sur nos bicyclettes direction la plage paradisiaque de Tofo, un des spots touristique les plus importants du pays. Tofo c’est un peu le Disney Land du touriste au Mozambique : plage de rêve, eau turquoise, logements et bars à gogo. 




 C’est la fin de la journée nous pédalons gaiement le long do bord de mer quand une Mercedes blanche s’arrête à la hauteur de Alex.  « Vous chercher un endroit où dormir ? Suivez nous ! ». Nous suivons et c’est ainsi que nous faisons la connaissance de Ricardo et Kathie. Il est italo-zambien et elle greco-sudafricaine, ils ont vécu au Botswana, en Zambie et en Afrique du sud avant d’attérir à Xai-Xai au sud du Mozambique où ils dirigent un lodge de luxe. Ils sont venus à Tofo prendre quelques jours de vacances avant de se lancer dans la furie de la haute saison touristique. Nous arrêtons nos vélos dans la villa qu’ils louent. : une belle maison dominant l’une des plages de Tofo, Quelques secondes plus tard nous voilà assis sur la terrasse à regarder l’océan indien venir lécher la plage et les rochers. Zou ! Nous recevons nos instructions : « prenez une bière, allez-vous doucher, prenez une autre bière, donnez-nous un coup de main pour guillotiner les crevettes  prenez une autre bière et venez manger». A vos ordres chef ! Nous sommes accueillis comme des rois (et encore on est même pas sûr que les rois sont aussi bien reçus).  A ce moment précis en prenant du recul sur notre situation, force est de constater qu’on a la belle vie : se gaver de crevettes marinées face à l’océan en sirotant des bières c’est pas si mal ! Ricardo et Kathie nous racontent leur vie africaine plongée dans le monde du tourisme. C’est l’occasion pour nous de de discuter pour de vrai et de poser toutes les questions qui nous passent par la tête. On se sent bien chanceux ce soir-là de tomber sur des gens aussi accueillants et généreux… Quelques bières plus tard nous continuons d’écouter les anecdotes les plus improbables de nos hôtes :  « si, si on vous jure notre chien est dressé pour chasser les éléphants ».

Papas et maman d'un jour!

ça commence à serieusement pousser tout ça


Au petit matin l’optimisme va bon train dans les rangs, nous profitons d’une journée de repos totale. Nous quittons notre nid de chez Ricardo et Kathie pour rejoindre le centre du petit village de Tofo. La ville, même en hors saison, est peuplée de blancs. Nous frôlons la crise cardiaque tout à coup propulsés dans cet univers touristiques (avouons-le ça nous fait plaisir quand même). Nous nous dégotons une petite auberge et passons le reste de la journée à  glandouiller. Le soir venu nous sortons nos habits de gala car Kathie nous a donné rendez-vous pour voir France – Afrique du Sud dans un bar. Nous voilà donc chantant gaiement La Marseillaise en voyant tous émus défiler les images du Stade de France. Nous perdons finalement le match, ce qui est la moindre des choses pour remercier nos amis Ricardo et Kathie de leur gentillesse. Nous nous remontons le moral à coup de bières, certains observateurs pourraient même dire que l’on aurait un peu forcé ce soir-là… Mais que voulez-vous nous sommes des patriotes !
 Le lendemain matin la journée suit à peu près le même schéma que la veille ( à un petit mal de crâne près peut être): repos du corps et de l’âme. Ricardo bien décidé à nous régaler jusqu’au bout nous invite à nouveau pour un barbecue gargantuesque. Bref tout va bien ! Nous planifions pour le lendemain une excursion en mer pour aller nager avec les requins-baleine la grande spécialité du coin. Inutile de vous dire que Côme à des étoiles dans les yeux depuis deux jours « non mais vous vous rendez compte les gars ? C’est le plus gros poisson du monde ! Genre jusqu’à 10 métres le machin ! Ca va être fouuuu !». Une affaire à suivre donc !

Aller, petit spoil, ça nous brûle les doigts.

Nothing to say....