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Kilwa Masoko - Mocimbao da Praia: les débuts au Mozambique


       Reprenons où nous vous avions laissés. Nous sommes donc jeudi 10 octobre et c’est pour nous jour de week-end. On aimerait bien maintenir un rythme normal et prendre par exemple nos jours de repos le dimanche comme tout bon européen que nous sommes, mais bon voilà, ce n’est pas du tout une bonne stratégie lorsque l’on voyage à vélo car notre visibilité se limite à peu près à 3 jours devant nous. Bref, cessons ces considérations peu constructives et décrivons donc ce bon jeudi glandouille. Après un réveil échelonné qui voit Côme se réveiller bon dernier à 11h 30 après une modeste nuit de 14h (ouai il dort pas mal de gros bébé), nous pouvons enfin partir en quête d’un petit déjeuner. Ce matin, c’est pain, beurre de cacahuètes et Pepsi. Paaaf sur l’estomac ! Un bon petit déjeuner de sportif qui nous donnera l’énergie nécessaire pour nous rendre à la plage de Kilwa. Nous enfourchons nos vélos déshabillés de leur sacoche pour l’occasion et nous parcourons les 5km qui nous séparent de la plage de Masoko Pwani. C’est jour de repos et on aimerait bien que, pour une fois, tout nous soit donné dans le bec tout de suite. Ce qui explique donc surement que, ne trouvant pas immédiatement notre route, nos parcourions la ville en criant « Beach beach beach, where is the beach ? » à tous les pauvres passant qui ont le malheur de se trouver sur notre route. Oui ce jour-là, il se peut que nous ayons  également mis notre politesse en day-off. Nous finissons par atterrir sur la plage tant désirée au niveau du Kilwa Dream Hotel. Effectivement le cadre laisse rêveur : de grands cocotiers, du sable blanc très fin et une mer turquoise que l’on aperçoit au loin. Bin ouai, on a pas de bol, c’est marée basse ! Il faudra attendre la fin de la journée pour voir notre grande plage déserte transformée en véritable cliché de carte postale (marée haute). 

On a toujours besoin de vous envoyer des cartes postales !

En attendant, notre petit dej  commence à être loin. Si je vous jure, au moins 2h ! Vincent part se baigner mais Côme et Alex estiment qu’il est grand temps de se remettre à table. Petit soucis, l’aubergiste affirme qu’elle ne peut pas nous servir grand-chose en dessous de 18 000 TZS par personne (9euros). Tiens donc ! Ça a beau être jour de fête dans l’équipe de la Grande Echappée, on ne va pas non plus se laisser rouler dans la farine de la sorte. On discute, on négocie, on fait des petites blagues en swailenglish (langue vivante que l’on devrait tous apprendre à l’école depuis le plus jeune âge) ! « You can still go downtown and have a ugali for nothing » rétorque l’amie un peu contrariée. Aie ! c’est pas très sympa d’envoyer ça en plein milieu de la négo ! Surtout que nos estomacs nous soufflent que retourner manger en ville n’est absolument inenvisageable. On ne se laisse pas démonter et on lui explique que notre budget est un peu serré. La bataille se termine avec une demi-victoire : un petit sandwich pas mauvais à 4000TZH. Côme s’extasie sur la fraicheur de ce doux sandwich à la tomate. Alex lui, paniqué par le manque de satiété remarque plutôt le petit arrière-gout de trop peu !  L’après-midi ressemble à une journée normale à la plage : sieste, lecture et pêche jusqu’au coucher du soleil. Le soir, la journée de repos s’achève avec une grosse session internet café pour publier le blog. J’en profite d’ailleurs pour en dire un peu plus sur cet exercice que nous allons devoir répéter toutes les semaines en Afrique. En Tanzanie, l’appellation « internet café » est quelque peu prétentieuse ou du moins pas tout à fait correcte. Tout d’abord il n’y a pas de café (ni même de thé ou autre boisson d’ailleurs) ce qui n’est pas un très gros problème en soi. Là où ça devient abusé, c’est quand il n’y a pas non plus internet. Nous avons dû faire 3 boutiques avant de trouver un pc en état de marche avec internet, ou du moins une clé 3G. Ensuite c’est lent mais ça va ! Sauf quand l’électricité saute ce qui arrive à peu près tous les jours dans ces contrées ! Voilà, du coup c’est assez compliqué mais c’est peut être aussi ce qui fait le charme de ces endroits. En parlant de charme nous avons aussi beaucoup apprécié l’album de Céline Dion qui tournait en boucle.  Résultat des courses, 2h de connexion le soir + 3h le lendemain matin pour boucler toutes nos petites affaires. Ah ce qu’on n’est pas prêt à faire pour vous… Ou plutôt pour raconter notre vie sur la toile: écrire, ça fait du bien.

Tout cela nous amène donc à vendredi 11 où nous prenons la route à 13h en plein cagnard. Oh les champions ! 1h15 plus loin, nous avons mis une claque aux 30km qui nous ramène sur la grande route sur laquelle nous avons déjà fait un petit bout de chemin et que nous apprécions de plus en plus. La vue est plus dégagée et les paysages plus changeants. On passe de teintes de jaunes à des vallées vertes de végétation : nous sommes heureux. A part Vincent qui a encore et toujours (depuis 2 jours) des problèmes de pneus : il a crevé et réparé deux chambres à air et rien n’y fait, sa roue reste molle… On a eu un  peu chaud mais l’étape est courte et vite réglée.

En fait on est des artistes


 A 18h, nous nous arrêtons à Kiwatama pour la nuit. Au programme, nuit de charme dans une gesthouse bien miteuse, la seule du village. Nous passons à table à 19h, sur le trottoir, à la table familiale de notre aubergiste. Elle nous sert de généreuses portions et à peine terminé, nous invite à aller de ce pas nous coucher. Peut-être s’est-t-elle dit que nous étions de grands sportifs et que nous avions besoin de sommeil. Ou bien, autre théorie : elle en avait assez de voir nos trognes. Faut dire qu’on lui a bien tenu tête à vouloir prendre deux chambres au lieu de trois. Bref, à 20h, nous regagnons nos chambres. La décision est prise, nous n’assisterons pas au match Angleterre-Monténégro (rebaptisé Montegro pour l’occaz par les autochtones) qui est diffusé dans la maison/bar voisine. Erreur d’appréciation de la Grande Echappée. Impossible de s’endormir avant la fin du match. Il y a trop de bruit et une fois n’est pas coutume, il fait beaucoup trop chaud pour trouver le sommeil.
Samedi 12 est un autre jour. C’est surtout un jour qui commence à 6h du matin et ça, on n’en est pas peu fier ! Après de nombreuses conversations à se dire que ça serait bien de rouler à la fraiche et surtout après moult tentatives infructueuses, c’est la première fois que nous parvenons à répondre positivement à l’appel du réveil. Bon, mais par contre il nous faut 2h pour être opérationnels sur nos vélos, c’est-à-dire propres, rassasiés et réveillés avec de l’eau et des provisions pour la matinée. Bon on n’est pas encore au top mais il y a du progrès : le célèbre « Demain faut qu’on décolle tôt ! » trouve enfin un semblant de concrétisation.  Nous voilà donc sur la route dès 8h du matin, la tête pleine de bonnes intentions kilométriques. Tout semble aller bien. Même le pneu de Vincent semble d’attaque après la réparation de la veille que nous croyons concluante et définitive. Pauvres de nous ! Sur les coups de 10h tombe la nouvelle : « Vincent ! ton pneu… il est pas ouf là ». En effet, celui-ci est complètement dégonflé. Le mystère reste alors entier. Si Alex et Côme trouvent l’énigme intéressante, Vincent qui est lui directement concerné,   a quant à lui la moutarde qui lui monte carrément au nez. Les insultes fusent en direction de ce pauvre Christophe (st-patron des voyageurs), le vélo de Vincent. En baptisant son vélo de la sorte, ce-dernier pensait justement éviter ce genre de soucis. Et bin c’est loupé, Christophe est surtout un bel emmerdeur. Nous devons même retenir l’agressivité de Vincent. Nous sommes à la limite de la maltraitance. On regonfle sommairement le pneu et Vincent atteint tant bien que mal la pause déjeuner après une matinée de 50km.
Lui il aurait su réparer le pneu de Vincent

On est aussi un peu des stars des fois

Avec l’aide d’un passant nous trouvons un foyer qui sert à manger et nous invitons l’homme qui nous l’a indiqué. En réalité, c’est lui qui s’invite mais ça fait quand même plaisir. Après le déjeuner c’est sieste obligatoire pour tout le monde. Sauf pour Vincent qui n’a pas l’esprit assez libre pour se laisser aller. Seul face à son destin, il fait marcher ses méninges pour identifier des suspects dans l’affaire du pneu. Son intuition ou plutôt son raisonnement cartésien le font s’arrêter sur un microscopique fil qui apparait à l’intérieur du pneu. Il s’arme d’une lame (et de patience) et entame l’opération chirurgicale. Après une lutte acharnée le verdict tombe : au bout du fil apparait une petite tige en fer bien pointue qui asticote la roue de Christophe depuis bien 200 bornes. Mais tout va bien, le problème est résolu. Vincent a donc retiré une bonne épine du pied de Christophe et il y a réconciliation. Il peut aller rejoindre ses deux compères au pays des rêves. Et pour la première fois depuis bien longtemps, il dort sur ses deux oreilles. Partir tôt le matin offre aussi l’avantage d’avoir le droit à une pause plus conséquente à midi. Nous reprenons donc la route vers  16h pour faire les quelques 30km qu’il nous reste à parcourir. La route est vallonnée et le paysage époustouflant. Des arbres géants jalonnent la route et apparaissent çà et là des petites frimousses de singe. Il n’y a pas de doute on commence à aimer l’Afrique. Le soir, le village étape n’est pas d’envergure escomptée. Pas vraiment de guesthouse à l’horizon. Comme nous ne nous sentons pas encore prêts à planter la tente au milieu de nulle part, 2 solutions s’offrent à nous : parcourir de nuit 30 km supplémentaires ou bien aller demander la charité aux habitants de Kitamanga. Bingo,  nous faisons la connaissance de Jafar. Bon, comme ça, ça ne présage pas forcement grand-chose de bon… Mais figurez-vous que ce Jafar est gentil qui et qu’il connait à peu près tout le monde dans le village (soit environ 400 âmes). Il met le réseau en marche et, aidé de ses deux compères Saidi et Ismael, il nous dégote une pièce dans une petite maison. Nous partagerons donc la nuit avec les propriétaires et nous irons diner chez les voisins. Bien sûr, nous rémunérons nos hôtes mais nous négocions un peu les prix. Ismael, pensant probablement nous ouvrir les portes d’un Holiday Inn nous demandent la modique somme de 50 000 shillings pour la nuit. Ouiiii, bien tenté ! Nous nous en sortirons pour 10 000 ! Même à vélo et avec des looks de voyageurs pas hyper fortunés, nous avons du mal à sortir du rapport marchand avec les personnes que nous croisons. Parfois on se sent un peu comme des sortes de gros billets de 100$ ambulants et c’est difficile de créer de vraies relations. Mais bon c’est comme ça et c’est certainement un peu normal. Et puis on n’a  pas à se plaindre non plus, toutes les rencontres ne se terminent pas pas en shillings. C’est souvent avec simples sourires et poignées de mains que se soldent les rencontres.
Le lendemain c’est dimanche ! Pour la Grande Echappée, c’est un jour comme un autre donc c’est debout 6h (comment ils se la racontent !) C’est aussi l’heure du debriefing sur la nuit : « Bien dormi ? Pas ouf et toi, combien de suées ? » Ouai, il faut l’avouer,  nos nuits sont assez nulles. Vincent affirme que l’on transpire comme des bœufs parce que l’on évacue toute la chaleur accumulée pendant la journée. Mouai…A soutenir de telles théories « scientifiques », il ne faut pas s’étonner qu’il ait mis 3 jours à régler le problème de son pneu ! Chacun notre tour nous allons faire une petite toilette dans l’endroit dédié à cet effet. Sur le chemin il y a la petite cour intérieure ou s’affaire déjà toute la famille. Ils ne chôment pas non plus les bougres ! Voyant Vincent revenir de la douce en caleçon, Alex s’offusque : « T’exagères mec à te balader torse poil devant toute la famille. Il y même la Grand-mère je te signale ! » Mais Vincent est confiant : « Ouais bin justement elle a bien kiffé et elle m’a lâché un gros smiley ». A vérifier…Nous remercions ensuite chaleureusement nos hôtes et prenons la route pour la côte et plus précisément la plage de Lindi ou nous comptons passer l’après-midi et la soirée. Nous n’avons que 50km à faire et ça c’est cool. Nous faisons même la rencontre d’un cycliste d’un autre genre. Lui ne trimbale pas de sacoche mais une cage remplie d’une bonne vingtaine de poules. Il nous double en se marrant. On ne se laisse ne pas faire et on lui repasse devant : il se marre encore plus. Du coup, on se marre aussi. Le petit jeu se termine à Lindi ou nous recroisons ce charmant monsieur qui aura bien égayé notre journée. Tout est simple et à 11h nous entamons une descente avec vue sur l’Océan Indien.

Arrivée à Lindi

 A 12h, nous sommes sur la plage. S’en suit une belle sieste (et oui encore) et des petits bains à 30 degrés. Alex se réveil de sa sieste à l’ombre des cocotiers avec un gros coup de soleil sur le ventre. Il jure :  « p*t** mais c’est pas juste, j’étais à l’ombre tout le temps ».Bin Oui, le coup de gueule est quand même justifié… Etre roux et sous antipaludéen photo-sensibilisant en Afrique, c’est pas drôle tous les jours ! Le soir, un bon diner dans le centre-ville, un petit coup de Biafine et au lit tout le monde. Demain c’est lundi et nous quittons Lindi (hihi) !


Avec une pensée pour ce bon vieux Claude, nous quittons donc le Lindi au soleil, et comme chaque fois c’est pareil, nous devons remonter sur nos montures qui commençaient à s’impatienter. Une rude épopée de 110 kilomètres nous attend afin de rallier la ville portuaire de Mtawara qui dans les années 50 a volé la vedette à Lindi et est devenue la principale métropole du sud de la Tanzanie. Pourtant nous on avait un petit penchant pour la petite Lindi, sa plage et son patrimoine archéologique. Figurez-vous chers lecteurs que c’est ici même qu’ont été découverts les restes du plus grand dinosaure jamais déterré. Un Brachiosaure de plusieurs dizaines de mètres. L’équivalent d’un Diplodocus en plus costaud. Un peu le Teddy Riner de la préhistoire. Un de ces dinosaures qu’il ne fallait pas chatouiller. 

Ajouter une légende

Revenons à nos hippopotames, nous aussi nous arrivons à Mtwara avec de jolies têtes de dinosaures déterrés. Nos jambes ne répondent plus qu’à l’appel du Pepsi frais qui nous attend dans le centre-ville, dans un petit resto de rue dont nous sommes tout de suite tombés amoureux. Parlons-en de ce resto. Abrité sous un gros Mango Tree, deux mamas et trois serveuses souriantes et avenantes nous apportent un plat de riz et de poisson grillé qui reste à ce jour le plus beau bol de riz que nous ayons mangé en Afrique. Un poil saoules, les serveuses au contact facile viennent s’assoir avec nous, nous invitent à danser et nous adressent des « give me five » bien ricains toutes les deux minutes. C’est décidé ce soir on fait pêter la grosse Kilimandjaro (bière tanzanienne) et on s’ambiance avec elles. Entre temps Alex et Vincent demandent une assiette de frite pour compléter ce repas de fête et se retrouvent avec une omelette dans un sac plastique où trois frites paniquées tentent de nager pour éviter de se noyer dans ces œufs à moitié cuit. Encore un coup de Saïdi en cuisine qui a voulu rajouter sa touche perso. On est loin de la french touch mais on lui en veut pas, il fait du bon taff notre pote Saïdi. Simplement quand il boit trop de Kilimandjaro il fait n’importe quoi le pauvre vieux. En tout cas le lendemain c’est jour de repos bien mérité après ces longues étapes brûlantes. Du coup on la double la Kilimandjaro et puis on va se coucher. Le lendemain nous découvrons la plage de Mtwara qui n’a rien à envier à celle de Lindi ou Kilwa mais a le mérite d’être très fréquentée. C’est sympa aussi de voir les tanzaniens s’amuser à la plage. Vincent et Côme sortent la balle de foot pour faire un petit volley dans l’eau. Grave erreur. Deux petits gamins s’approchent et tentent de s’incruster dans la partie. Ok, why not, un petit 2 contre 2 des familles ça peut être sympa aussi. Simplement en 3 minutes le 2/2 se transforme en un 2 contre 70. Une nuée de gamins entre 8 et 14 ans courent dans l’eau malgré les rochers et apparaissent des quatre côtés de la plage. L’union fait la force, impossible de lutter. La Tanzanie remporte ce match haut la main.
Eux aussi c'est un peu des artistes

Il n’y a qu’Alex qui a pu échapper à cette déculottée. Il nous observe de loin sur son matelas gonflable, crème solaire dans une main et bouquin dans l’autre. De retour sur le spot où nous sommes installés sur la plage, Côme fait le deuxième faux pas de la journée. Il sort sa liseuse électronique pour se replonger dans l’univers polaire d’Anna Karénine. Et notre groupe de joyeux volleyeurs vient se coller à 10 centimètres de ses tempes pour son plus grand plaisir. Difficile de garder son calme lorsqu’autant d’espoir était placé dans cette petite sieste tranquille au bord de l’eau. Heureusement un groupe de blancs vient à passer sur la plage. Côme, au bord du craquage est à deux doigts de placer un abominable « look, look, Ipad Ipaaaaad !! » pour faire diversion. Bien heureusement, ces pensées resteront muettes et les gamins se détournent naturellement de nous pour aller entourer nos sauveurs. Si nous faisons tous les efforts du monde pour rester souriants et attendris par ces gigantesques groupes d’enfants, dans les moments de grande fatigue il est vrai que nous réfléchissons à des stratagèmes pas toujours avouables pour les éviter.
Gros roupillon signé Alex
Cette journée à Mtwara s’achève autour d’un repas chez Saidi et toute sa bande avant un retour dans nos sacs à viande pour préparer notre entrée au Mozambique le lendemain. C’est par une piste assez rocailleuse que nous atteignons le poste frontière pour faire tamponner nos visas et quitter le pays de Simba le roi lion. En quelques minutes c’est réglé et nous pénétrons dans un no man’s land d’une dizaine de kilomètres. Nous prenons un bateau pour traverser le fleuve Ruvuma avant le poste frontière du Mozambique. La traversée dure quelques minutes qui nous laissent le temps d’apercevoir un groupe d’hippopotames qui barbote non loin de la berge. L’animal a beau être le plus dangereux d’Afrique avec des statistiques qui l’élèvent au rang de serial killer number 1 sur le continent ; nous voyons tout de même des gens courir le long de la berge à quelque mètres d’eux. Tu m’étonnes qu’ils finissent par se faire bouffer ! Mêmes formalités coté Mozambique. Nous avons l’impression de rentrer dans le pays comme dans un moulin. A première vue, un moulin pas bien différent de celui que nous venons de quitter. Il ne fallait pas s’attendre à perdre 15 degrés en 10 kilomètres d’un autre côté.

On vous jure qu'au loin il y'avait bien des Hippos!

 Pendant la sieste, Côme demande à Vincent, plongé dans le Lonely Planet, « Est-ce qu’ils disent s’il y a autant de mouches au Mozambique ». Alex, lui, commence à voir la peau de son ventre tomber en petits morceaux après son coup soleil ravageur de Lindi. « Les gars vous vous rendez compte que je l’ai pris à l’ombre ce p****n de coup de soleil !!?. Vous pensez que c’est possible qu’il y ait un trou dans la couche d’ozone à Lindi ? ». Vincent, trop heureux d’en être tiré de ses problèmes de pneu, et Côme, encore des hippopotames dans les yeux, passent un peu à côté de la détresse de leur pote. Pas cool… 


On se la raconte un peu aussi

Il nous reste une vingtaine de kilomètres de piste avant notre premier village étape mozambicain (mozanbiquais ??). Nos vélos s’enfoncent dans le sable, il nous faut plusieurs fois descendre et les pousser. Et par-dessus le marché nous sommes en pleine jungle dans une zone habitée en particulier par des éléphants, des lions et des léopards. Nous n’en verrons pas cette fois mais les traces et les excréments des pachydermes sur les bords de piste laissent rêveur. Enfin on espère voir un jour autre chose que des crottes d’animaux sauvages ; ce serait plus fin à raconter au moins. La végétation est beaucoup plus dense et verte autour de nous. A la nuit tombée résonnent dans la jungle des cris d’oiseaux et de vies invisibles. L’océan est à quelque centaines de mètres mais la cime des baobabs et des acacias entassés nous empêche d’apercevoir la moindre vaguelette. A Quionga nous sommes accueillis par tout le village qui nous trouve un semblant de toit pour quelques Meticals, notre nouvelle monnaie. Les premières différences avec la Tanzanie nous apparaissent plus flagrantes. L’eau y est plus rare et bien plus chère, les portions de riz plus maigres et la population semble plus pauvre. Du moins pour le moment. On nous demande plus régulièrement de l’eau, de la nourriture ou de l’argent. Les vêtements des enfants, souvent déchirés, laissent apparaitre des petits ventres gonflés mal nourris. Nous sommes peut-être encore loin d’une pauvreté extrême mais le changement est frappant.
Le lendemain nous maintenons ce rythme de réveil à 5h45 pour une journée qui nous mènera à Maputo, un petit village qui porte le nom de la capitale, elle située à 3000 kilomètres plus au sud. Au petit déjeuner, notre hôte nous donne une leçon de préparation du poulet, depuis l’abattage de la bête (la tête dans le sable, et un bon coup de machette sur la nuque) jusqu’à sa cuisson. Le spectacle est impressionnant. Seule bémol, difficile de garder un estomac serein lorsqu’il a lieu à 6h du matin à l’heure du thé.
Après 70 km de piste / hors-piste, nous débarquons à Maputo. Une fois de plus entourés de 50 enfants surexcités nous nous voyons proposer par le chef du village une salle de classe dans l’école pour y installer nos matelas. Nous arrivons alors qu’il est assis sous un manguier pour faire les comptes du village. Le diner qu’il nous propose semble bien cher. A d’autres patron le coup du j’équilibre-mon-bilan-comptable-sur-le-dos-de-la-Grande-Echappée ! Malgré tout nous trouvons un accord qui satisfait tout le monde. Nous nous endormons comme des marmottes au pied du tableau noir sur lequel traine encore la leçon de portugais du jour. Le portugais c’est d’ailleurs la bonne nouvelle de cette entrée au Mozambique. Avec notre espagnol nous réussissons à les comprendre et à leur parler en brodant avec approximation des semblants de phrases de portugnol. C’est en fait même la deuxième bonne nouvelle. La première étant notre résistance à cette turista qui n’arrive toujours pas à nous rattraper, lancés à 25 km/h sur piste. Trop rapide cette année la Grande Echappée. 
Changement de décor

Notre troisième étape Mozambicaine nous amène à Mocimboa Da Praïa. Le nom nous fait déjà rêver, nos jambes pédalent toutes seules. C’est là que nous rencontrons Dev, un indien vivant ici pour son négoce de poulpe avec le Portugal et l’Italie. Dev nous paye un café et discute avec Côme du pays et de notre périple à venir. Il nous donne plusieurs contacts jusqu’à Maputo et accepte de nous ouvrir les portes de son entreprise pour y capter internet. C’est ainsi que sur fond de livraison d’octopus les faits rattrapent l’écriture.
Multo Obrigado Dev !
PS : Nous venons aussi d’apprendre par un tye qui nous a reconnu, que nous sommes passés sur les ondes en Tanzanie. Trois blanc becs sur leurs vélos n’ont pas échappé à Radio Dar Es Salaam. Nous imaginons déja le flash info :
« Avis à toute la tanzanie du sud et jusqu’à Johnnesburg, trois blancs à vélo passeront bientôt dans vos villages, y’a de l’oseille à se faire !  Allez les gars tout le monde se mobilise !"



Premier sunset do Mozambique

Dar Es Salaam - Kilwa: Premiers kilometres au pays du Roi Lion

Voilà plusieurs jours que nous trainons nos guêtres en Tanzanie et que nous comprenons qu’effectivement, le voyage commence ici. Beaucoup de choses ont changé pendant les 12h de vol qui séparent Madrid de Dar Es Salaam 
Reprenons les aventures où nous les avions laissées si vous le voulez bien. Nous étions donc arrivés à Madrid pour une semaine de repos durement glanée sur les routes françaises et espagnoles. Nous vous épargnons les détails de ces quelques jours bien agités pour nous projeter directement au jeudi 3 octobre. Il est 6h du matin quand la sonnerie de notre réveil marque le début d’une très très longue journée qui nous emmènera à une dizaine de milliers de kilomètres de là (oui, nous non plus on ne voit pas pourquoi on se fatigue à faire du vélo tous les jours quand on fait 10 fois le trajet en une journée d’avion  mais bon c’est la vie quoi…). Il nous faudra d’abord près de 6h entre l’heure du réveil et celle du décollage. 6h pendant lesquelles nous devons transporter, démonter, encaisser, scotcher,  emballer nos montures devant le comptoir de Turkish Airways. Il faut bien le dire, c’est avec un petit pincement au cœur que nous voyons partir nos bébés pour un si long trajet (il paraitrait même que Côme a écrasé une petite larme en voyant s’éloigner Nonos son vélo vers d’autre cieux). 

Aeroport de Madrid 6h du mat'


 Nous voilà donc errant dans les couloirs de Barajas attendant notre vol un peu stressés à l’idée de débarquer dans moins de 24h à Dar Es Salaam. Alex, toujours présent dans les moments de doute a une idée de génie « Venez les gars on va se parfumer gratos dans la boutique duty free ». Gros kif, on sent bon et c’est assez rare ! Ce sont donc trois beaux jeunes hommes parfumés et presque propres qui entrent dans la carlingue d’un bon vieux Boeing 737 affrété par Turkish Airways. Le reste du voyage se déroule dans la joie et la bonne humeur. Côme enchaine trois épisodes d’ Harry Potter, Alex pousse le stewart au bord de la dépression en le tannant pour avoir de la bouffe supplémentaire et Vincent peaufine ses connaissances sur Dar Es Salaam dans son guide. Bref tout est normal. A 2h30 nous arrivons à Dar Es Salaam sans avoir beaucoup dormi. Au programme : formalités de visa, bagages et remontage de vélo. Une nuit idéale en somme ! A 3h le bricolage commence chacun pour soi et dieu pour tous ! A 4h Vincent pousse son premier juron, il vient de perdre la petite vis du porte bagage qu’il s’était pourtant juré de bien ranger. A 4h30 Vincent pousse son  252ème jurons rivalisant de grossièreté avec ce vieux briscard de capitaine Haddock, il n’a toujours pas retrouvé sa vis. A 4h45 cris de joie, elle est là, la bougresse. Aux alentours de 5h les vélos ont repris une forme cyclable. Nous sortons de l’aéroport, il fait encore nuit noire mais il fait déjà très chaud. Nous attendons le lever du jour sur les starting blocks. On en profite pour faire du change. Pour votre gouverne la monnaie tanzanienne est le shilling tanzanien. Grosso modo 1€ =2000 shilllings Tanzaniens (TZH). Nous voilà donc millionnaires, à 23 ans c’est une belle performance.  Le jour se lève et nous nous élançons sur les routes vers le centre de Dar Es Salaam. 100m après le départ on s’arrête. « Eh les gars faut rouler à gauche dans ce pays… encore un coup  des rosbeefs ça ». On repart, 100m plus tard nouveau coup d’arrêt « Eh les gars du coup faut changer son rétro de côté ! Enfoirés de rosbeefs ». En Tanzanie le jour se lève brutalement à partir de 6h  et marque le début de l’activité frénétique du pays. Sur les 15km qui séparent l’aéroport de la ville nous voyons grandir la foule sur les trottoirs et sur les routes, la terre tremble presque sous nos roues. Ça s’agite de tous les côtés : à pied, en vélo, en moto, en voiture, en minibus. Nous sommes fatigués et complétement perdus mais nous essayons d’ouvrir grand les yeux pour voir la ville qui apparait un peu plus à chaque tour de roue (aussi pour ne pas se vautrer dans les trous de la route).  Fait notable, nous sommes trois blanc-bec et ça se voit. En 1h entre l’aéroport et la ville, des centaines de paires d’yeux se tournent vers nous : ça klaxonne, ça dit bonjour, ça crie des choses en swahili auxquelles on pige que dalle. Bref il va falloir s’y habituer, en Tanzanie on ne passera pas incognito. Vers 8h du mat’ nous sommes dans le centre-ville. Nous n’avons qu’une idée en tête : trouver une petite auberge pour y déposer nos petits corps endoloris. Ca fait plus de 24h que nous sommes éveillés et le niveau des vannes de Côme baisse dangereusement. Nous trouvons refuge au Safari Inn un hôtel au combien moche mais tellement confortable : « Oh un lit ! » « Oh une douche ! » « Oh un ventilo ! ». Enorme bonheur ! Nous nous affalons sur nos lits pour une nuit de 6h en pleine journée. Au réveil  tout le monde a la banane, Côme fait des blagues toujours niveau moyen, moyen­-moins mais c’est la vie. Nous partons à la découverte de la ville à pied. On nous avait décrit Dar Es Salaam comme une ville archi moche, bordélique et dangereuse mais ce n’est pas l’impression que la ville nous laisse. Même si  c’est vrai le responsable de l’urbanisation de Dar Es Salaam devait être en vacances au moment de la construction de la ville parce que franchement ça part dans tous les sens ! Près de 3 millions de personnes vivent ici, c’est  le 2èmeport d’Afrique, the place-to-be en quelque sorte. Les rues se composent de très nombreux petits étals, on y vend un peu de tout et un peu de rien : fruits, légumes, viande, poisson, feraille,. Les boutiques de téléphonie mobile sont omniprésentes. Seuls les grands axes de la ville sont goudronnés, le reste ce sont des pistes, plus ou moins bancales. Notre promenade nous mène du quartier de Kisutu vers l’océan. Nous traversons le marché au poisson de la ville. Côme reste rêveur face à un barracuda d’un bon mètre. Pas des rigolos les pêcheurs ici !
Pavillon francais en vue

 Nous restons un long moment sur la plage face à l’océan indien. On y met nos pieds pour la première fois de notre vie. Verdict elle est bonne mais pas de quoi en faire tout un plat. Au retour nous décidons de mettre nos estomac à l’épreuve : au menu : poulpe, calamar et un truc on-sait-pas-trop-ce-que-c’est-mais-ça-passe. La tourista ça ne nous fait pas peur on a décidé de prendre les devants et comme le dit Vincent « La chance sourit aux audacieux ». Sur le chemin du retour Alex se bloque net, le nez planté au ciel. On lève a tête et là bim ! Une bien belle araignée de 10 cm avec ses 8 grosses pattes velues fait la sieste tranquille sur sa toile. Ok pas de panique c’est surement un spécimen très rare en Tanzanie. Ah tiens non ! Autour d’elle toute la famille est là, une véritable armée d’araignées géantes. Pas super fun ça. Il semblerait même que l’on ait pu entendre à cet instant un « je veux rentrer à la maison » prononcé du bout des lèvres par l’un de nous trois. Un local s’approche finalement de nous, « very friendly, very friendly ». Mouais c’est ça !  à d’autres. Voilà on est dans le vif du sujet : l’océan indien, de la bouffe bizarre et des araignées dégueux : l’aventure quoi ! La nuit est tombé sur Dar Es Salaam, nous filons au restau puis à l’hotêl car faut bien le dire on n’a pas fait les marioles à trainer dans les rues la nuit.
Au matin nous reprenons nos vélos, nous avons rendez-vous dans les quartiers nord de la ville pour un brunch chez Olivier et Viviane qui vivent ici depuis 1 an. Au programme un énorme repas  qui nous permet de gouter une dernière fois à certaines douceurs mais surtout, de très nombreux conseils sur la ville. En début d’aprém’ nous sommes de nouveau sur la route, le moral gonflé à bloc.
La family d Oliver et Viviane  au complet

 Nous décidons de prendre le ferry pour rejoindre Kigamboni une petite ville située de l’autre côté de la baie. Nous roulons enfin ! Il faut bien dire qu’il nous tardait de remonter sur nos bicyclettes. C’est une petite étape de prévu pour cette première journée, nous rejoignons seulement les plages au sud de Dar Es Salaam. Après une vingtaine de kilomètres nous poussons la porte au Barracuda bar et là pan ! (bruit de pistolet) Vision de carte postale : l’océan turquoise, les palmiers, le sable blanc et les barques de pêcheurs. C’est presque trop finalement ! Nous prenons une photo mais Alex nous met en garde. « Celle- là si on la montre on va vraiment se faire insulter ».
Vince a South Beach

Nous nous installons et nous découvrons notre premier vrai repas tanzanien du ugali avec du poulet. Comment décrire le ugali ? En gros c’est une pâte de mais bien compacte qui semble-t-il, a oublié son goût à la maison. Le gros avantage, ça cale bien (finalement c’est un peu comme mettre un parpaing dans son ventre) et ça pour nos estomacs affamés de cyclistes ça vaut son pesant de cacahouètes. Le reste s’avère très bon. A la nuit tombée nous sommes toujours à la terrasse du bar et nous recevons notre premier cours de swahili. Autant vous dire que le swahili est aussi facile pour nous que le basque. Sur ces bonnes paroles nous allons nous coucher dans les tentes que nous avons plantés sur le terrain du bar, en lançant un classique « Asante sana tutaonana », « merci beaucoup au revoir » pour les ignares.  Une journée parfaite comme celle-ci cache toujours une embrouille. Nous découvrons que dormir à deux dans une tente de 4m² sous cette chaleur est une mission quasi-impossible pour une personne n’ayant pas suivi un cours de survie avec les commandos Marines. Comme deux pingouins  bloqués sur leur banquise Alex et Vincent subissent un réchauffement climatique à marche forcée. Il parait même que l’on aurait pu alimenter une centrale thermique pendant 24h avec la chaleur produite cette nuit-là (euh,… Chaleur due au climat, ne nous méprenons pas). 
Partage des eaux: ca a l'air chiant et ca l'est

Nous accueillons donc le matin avec soulagement, Alex a la gueule des mauvais jours qu’une bonne tartine de beurre de cacahouète fait vite disparaitre. Nous remballons nos affaires et nous filons vers le sud, notre première vraie étape nous attend. Nous partons à 9h, évidemment il fait chaud déjà. Bah ouais on le sait qu’il faut pédaler de bon matin ici mais qu’est-ce que vous voulez on est des têtes de mules nous. Sur la route notre équipage attire toujours autant l’’attention, à moitié de la faute du vélo et à moitié de celle de notre peau d’ivoire.  Se déplacer en Tanzanie est assez simple, il y a très peu de routes, une seule pour aller au sud. Pratique tout de même. C’est une belle route goudronnée faisant la liaison entre les gros bourgs du sud et Dar Es Salaam. De ce que l’on a compris, le sud de la Tanzanie est assez peu développé. Le trafic n’est pas si important sur cette route (en tous cas moins que sur tous les autres axes majeurs tanzaniennes, mais nous restons sur nos garde à tous moment. Le  danger vient des mini bus, les dallah-dallah, plein à craquer qui roulent à toute berzingue  et nous frôlent parfois d’assez près.  L’un deux a même gentiment percuté et redressé le rétroviseur de Côme jugeant surement qu’il n’était pas bien réglé. Chaque conducteur customise la carlingue de sa bécane selon ses envies, essentiellement des fanions d’équipes de foot anglaises ou espagnoles. On y croise également quelques personnages célébres en bazar : Mandela, Ben Laden, Khadafi. Nous ne pouvons-nous empêcher d’être émus lorsque nous découvrons un bus affichant en grandeur nature le coup de boule de Zidane. French touch quoi.
Car officiel du Barca, c'est la crise ils ont des sponsors pourris

 Sur la route l’agitation est toujours la même. Il y’a des villages tous les 10km environs mais il y a du monde en permanence. Boutiques, vélos, piétons, ça bouge dans tous les sens. Encore une fois nous sommes salués par tout le monde. Décidemment on est célèbres dans ce pays ! On est cependant loin du cliché que l’on avait en tête des africains nous assaillant de toute part à chaque pause. C’est très agréable d’être aidé lorsque l’on demande et tranquille quand on le désire. Avec cette première étape nous nous éloignons de la côte et le décor change. C’est la forêt de palmiers qui s’offre à nous, une végétation dense traversée çà et là par de petites pistes qui vont on ne sait où.
Voyez des fois il fait moche comme chez vous


 C’est ici que nous croisons nos premiers animaux sauvages: des mangoustes (pas dingue on sait mais c’est un début) et des singes. L’objectif de la journée est d’atteindre le lac Mansi pour y déposer le campement. Après 70km le soleil commence à nous dire au revoir et toujours pas de lac en vue. En discutant avec des vendeurs de trucs au bord de la route nous apprenons que le lac est à sec depuis longtemps.  « A bah v’la autre chose » comme dirait Côme. Il commence à faire sérieusement nuit et nous ne savons pas tellement où l’on va dormir.

 Dans le doute nous décidons d’acheter de quoi diner dans un petit étal perdu au milieu de la brousse. Côme se lance dans les négociations avec les vendeurs et provoque l’hilarité générale à chaque mot d’anglais ou de swahili prononcé. Il va falloir réviser un peu parce que ça ne va pas du tout là. On finit par acheter quelques bricoles et nous filons au moment où l’on nous propose d’acquérir le King fish, un gros poisson séché qui a l’apparence et l’odeur d’une grande chaussette moisie.  Nous arrêtons finalement nos machines devant un petit restaurant (comprendre 4 chaises en plastiques et  2 tables) tenu par un grand tanzanien aux grosses mains et à la voix grave. C’est mister Benz ! Benz comme les voitures. Mister Benz c’est un peu le patron du bled, il tient un restau, il est ingénieur civil et il a toujours des trucs « à vérifier ». Avec lui tout est toujours « No worry, you’re welcome ». Nous plantons donc nos tentes dans la cour du restau et passons une nouvelle nuit à suffoquer à l’intérieur de notre maison de toile.
Luxury lodge chez Mister Benz

 Au matin nous prenons le petit déjeuner sur les chaises que mister Benz a déposé devant nos tentes pour « faire la discussion », nous y faisons la connaissance d’Abdul le chat du patron et de Nguere le singe capucin du coin. Nous repartons sur la route. La partie vélo est le copié collé de la veille : il fait chaud et le paysage est toujours celui d’une grosse forêt bien dense, nous nous sentons bien loin de la côte. Notre peau prend une teinte délicieusement orangé conjonction parfaite des effets du soleil, de la crème solaire, de la poussière et de notre sueur.
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Le point positif de la journée est que l’on commence à devenir un peu plus calé sur la gastronomie locale. En même temps c’est quand même pas bien compliqué en Tanzanie. Les menus c’est simple : c’est soit du ugali, soit du riz généralement servis avec des haricots rouges, une patate et un micro bout de viande. Notre vraie satisfaction culinaire vient des bananes, des petits pains frits et des crêpes bien grasses préparées avec amour par les tanzaniennes. On trouve aussi parfois du bon gros beurre de Cacahuètes (c’est fini le Nutosse).
La classique, 2 fois par jour

 C’est à peu près ce qui nous permet de conserver de l’énergie sur nos vélos. Nous mangeons ici pour trois fois rien dans les boui-bouis des villages que nous traversons. A midi nous faisons de grandes pauses pour essayer d’esquiver un peu les heures chaudes. Il ne faut pas se mentir, éviter les heures chaudes ça voudrait dire partir le matin à 6h et faire une pause de 10h30 à 17h, et nous on est un peu nuls pour ça. Nous profitons tout de même de ces moments pour faire la sieste et taffer sur notre swahili. On commence à être un peu chaud maintenant. Les tanzaniens ont donc l’occasion d’assister à des scènes surnaturelles de trois grands blancs posés sous un baobab récitant comme des écoliers leurs premiers mots de swahili :
« - Et la quand tu veux manger tu rentres dans le restau et tu dis : habari tafadali lete chakula wari na nyama
-         Ah ouaaais, trop puissant ça ! »
Grosse sieste, african style

Nous finissons cette deuxième étape dans le village de Kibiti bien fourbus mais nous avons le plaisir de prendre une chambre dans une petite guest house. On vous rassure on ne s’embourgeoise pas, les guest houses sont des hôtels un peu miteux où les draps sont un luxe et le pommeau de douche le saint Graal. Nous sommes plutôt heureux, nous avons l’impression de vivre un peu à la tanzanienne. Nous ne nous sommes cependant pas encore acclimatés, nous finissons nos journées dans un état lamentable, nous mangeons notre « wari kuku » (riz-poulet, la base) à 19h et filons nous coucher.
C'est ca l'etat lamentable dont on vous parle

Au matin de la journée suivante nous nous attelons un gros morceau une longue étape qui doit nous voir rejoindre l’océan qui nous manque tant. Nous prévoyons une étape de 90 km et comme d’habitude nous sous-estimons la distance et nous nous mangeons une jolie étape de 110 km. Il faut savoir que les membres de la Grande Echappée sont d’un naturel résolument optimiste, une distance de 10km peut facilement être réduite à un « non mais ne vous inquiétez pas les gars c’est un gros 3km ». Du coup forcément ça crée des décalages ! Cette étape est aussi l’occasion pour nous de découvrir nos premières portions de pistes qui surgissent de nulle part et disparaissent comme elles sont venues. A l’arrivée nous retrouvons la côte mais il fait déjà nuit… Caramba encore raté pour la baignade !

Robert from Cape Town, des bons conseils


 Ce soir-là on mange du poisson et des frites et ça c’est chouette. En plus ce soir-là Alex arrive à caler « l’addition s’il vous plait » en swahili et ça c’est super chouette. En plus ce soir-là Côme achète un charmant maillot bariolé de l’équipe nationale de football de la Tanzanie histoire de faire le joli cœur devant les tanzaniennes, et c’est encore plus chouette.

On se réveille le matin suivant avec un seul objectif rejoindre la ville de Kilwa et ses plages paradisiaques pour une journée de repos car on en a notre claque de la forêt tanzanienne. Parce que nous, on vous voit venir à nous dire « gna gna gna vous avez pris une année de vacances ». Mais pas du tout voyez-vous ! La Grande Echappée c’est pas marrant tous les jours ! On aimerait vous y voir vous à manger du ugali froid après une journée de 100 bornes. C’est un secret mais y’a des jours où on aimerait trainer en jogging devant la télé…

Fini le hors piste


Bref nous partons donc le couteau entre les dents à la recherche d’une plage paradisiaque. On fonce comme des bolides. Vincent profite de cette journée où il faut aller vite pour effectuer une double crevaison de roue arrière de derrière les fagots. Histoire de mettre en pratique les conseils de son papa sur le collage des rustines surement.
En vrai Vincent est pas content la

 L’un dans l’autre nous finissons par arriver à la ville en question. Comble de bonheur il fait encore bien jour et nous sommes larges dans les temps pour une petite baignade dans l’océan indien. En s’approchant du cœur du village nous passons un terrain de foot et nous sommes invités à nous joindre au match. Pratique d’être blanc pour se faire des copains !

La il fait Jackie Chan


Nous rentrons fièrement sur le terrain auréolés de la gloire de nos illustres ancêtres : Zinedine, Youri, Lionel si vous nous lisez. Vincent glisse méchamment  un « rappelle moi combien de fois ils ont gagné la coupe du monde en Tanzanie ? Ouais c’est bien ce que je me disais ». Mais chacun sait que seul le terrain compte. Bien vite nous réalisons que nos collègues tanzaniens sont bien affutés physiquement et techniquement. Alex et Côme nous gratifient cependant d’une action de classe internationale, un enchainement centre-tête piquée qui fait frissonner la foule jusque dans le parc national Serengeti. La balle frôle le poteau gauche et sort finalement. Il n’y a pas but mais le public a apprécié, le principal est sauf. Après le match nous remballons notre paquetage et partons vers la plage pour notre baignade bien méritée. Après 5 minutes de recherche nous réalisons la terrible vérité nous ne sommes pas exactement dans le bon bled. En fait il y a Kilwa Kisije et Kilwa Masoko, l’un est un port de pêche charmant au demeurant et l’autre contient les plages de nos rêves. C’est drôle la vie non ? Passablement énervés nous décidons que non, ce soir on a le droit à nos plages de rêves. Alors fissa nous remontons sur nos vélos et parcourons de nuit les 30 km qui séparent les deux villages, le tout sous la nuit noire, l’occasion de tester pour la première fois nos éclairages. Nous finissons cette journée avec une bonne centaine de kilomètres dans les pattes et les visages sont bien marqués par ces premiers jours tanzaniens.  Mais le principal est là. Demain c’est repos et c’est plage.
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